21 janvier 2016

Blast - Madness Is The Emergency Exit







Pierre Horckmans : clarinette, clarinette basse, effets
Anne Quillier : Fender Rhodes, Moog
Guillaume Bertrand : batterie, sampleur, effets



Nous avons eu le plaisir d’évoquer ici il y a peu l’excellent sextet d’Anne Quillier. Daybreak démarrait par un hommage à Manu Larcenet. Le groupe Blast, trio composé de trois membres dudit sextet, tire son nom de la bande dessinée et montre l’attachement des musiciens à l’auteur. Les titres des morceaux sont des références à l’œuvre du dessinateur, où à l’environnement artistique dont il est issu, notamment la revue Fluide Glacial. La musique, quant à elle, explore l’univers sombre et inquiétant de la série, basée sur le récit dérangeant d’un homme perdu ayant commis un crime et s’en expliquant durant sa garde à vue, avec une glaçante lenteur.

Première surprise, donc, suite à l’écoute du sextet : il y a ici plus d’ombres que de lumières, et le « presque tout acoustique » laisse place chez le trio à une expression collective qui fait largement usage de l’électricité (Anne Quillier utilise exclusivement des claviers branchés) et des effets. Le son est beaucoup plus rock, choix esthétique qui favorise la mise en son d’atmosphères obscures, anthracites, que relayent les compositions nuageuses. Cependant, comme une sorte d’optimisme voilé émane de la bande dessinée, une énergie positive finit par émerger de ces morceaux, où la limpidité des clarinettes apposées sur les sons gras et métalliques du Rhodes rappellent souvent le contraste entre la clarté des propos de Polza Mancini, le personnage principal de la bande dessinée, et la noirceur ou l’étrangeté de son histoire. 

Les rythmes binaires et fiévreux de Guillaume Bertrand sont çà et là appuyés par des lignes de basse jouées au Moog. La musique, loin d’être dépourvue d’éléments mélodiques, tend tout de même à orienter ses développements vers l’intensité, voire la saturation, comme le montre la longue montée en puissance sur « Polza » ou la tension qui règne sur « Human Being ».

L’expression collective reste régie par le rythme, mais au sein de ces développements  relativement linéaires (le propos n’est pas de déconstruire ou de favoriser la suggestion, mais bien de tendre la musique jusqu’à lui donner une dimension dramatique palpable), la liberté reste d’actualité. Les trois musiciens proposent beaucoup, intéragissent. Les motifs sont travaillés à chaud et le Rhodes comme la clarinette peuvent tout aussi bien s’exprimer en soliste qu’en élément structurel. Les solos ne sont d’ailleurs pas envisagés comme une fin en soi, et contribuent plutôt à apporter de la diversité, dans le vocabulaire comme dans la lumière qu’ils portent sur les thèmes et ambiances.

Ce disque, original et prenant, est disponible (à défaut de l’être dans toutes les bonnes crèmeries comme on disait avant), via le site du collectif Pince-oreilles. Bientôt, l’effectif se resserrera davantage encore, car la sortie de Watchdog est imminente, et il s’agit d’un duo constitué d’Anne Quillier et de Pierre Horckmans. Il faudra s’y pencher, car ces musiciens ont décidément de belles choses à dire.

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