07 septembre 2015

Viktor Tóth Trio – Szemed Kincse / The Present







Viktor Tóth - saxophone
Miklós Lukács - cimbalom
György Orbán - double bass


Viktor Tóth est un saxophoniste qui se tient en équilibre entre deux écoles. D’un côté, la tradition du jazz, avec ses standards, ses ballades, ses rondeurs, et de l’autre les emportements et l’angularité du langage issu de cette tradition, ou du moins qui en constitue le prolongement. Il est de ces musiciens dont on attend toujours des dérapages, tout en sachant qu’ils ne feront pas de sorties de route. On garde en tête un disque très réussi où il marchait tel un funambule sur cette étroite frontière, en quartet aux côtés de Bart Maris.

Szemed Kincse / The Present est un enregistrement d’un concert donné en compagnie de deux musiciens avec lesquels il partage beaucoup, le contrebassiste György Orbán, qu’il n’est pas rare de retrouver dans ses groupes, et Miklós Lukács, pilier du label hongrois et musicien aussi productif que raffiné, spécialiste du cimbalom avec lequel le saxophoniste se produit également en duo. Cette fois, c’est une musique étonnamment apaisée qui nous est proposée. Le programme est presque exclusivement constitué de ballades, genre auquel le saxophoniste s’adonne avec goût en s’appuyant sur sa sonorité chaleureuse (bien qu’en d’autres lieux on eût pu la qualifier de tranchante). Si l’on fait exception de « Brilliant Steps », un titre à l’architecture plus complexe qui fait référence à deux géants américains (Monk et Coltrane) et puise dans la capacité du trio à développer un jeu dense et volubile, l’essentiel est interprété dans l’épure, avec des lignes de contrebasse minimalistes qui portent efficacement les discours aériens de Tóth et Lukács. Le phrasé bop décontracté du saxophoniste est déposé sans heurts sur l’accompagnement singulier du cimbalom. Miklós Lukács parvient à conjuguer, avec un sens de l’écoute patent, la richesse des harmonies du jazz et les couleurs irisées inhérentes à son instrument, que les habitués du label BMC connaissent bien mais dont l’utilisation reste anecdotique dans le Jazz. On peut s’en étonner, cette musique vivante constituant une preuve supplémentaire, s’il en était besoin, de la pertinence de son utilisation pour cet idiome. Au cœur de ce disque se niche un morceau soyeux et captivant qui le met particulièrement en valeur, « The Cat And The Moon ». 

Pour vous faire une idée de la musique du trio, entièrement composée par le saxophoniste, vous pouvez regarder cette vidéo. Pour le reste, cela se passe sur le site de BMC, où ce disque, entre autres friandises, vous attend patiemment.

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