25 septembre 2015

Gérard Marais quartet - Inner Village







Gérard Marais : guitare
Jérémy Ternoy : piano
Henri Texier : contrebasse
Christophe Marguet : batterie



Gérard Marais est un musicien rare. Cela faisait un moment qu'il n'apparaissait plus sur nos radars.  Il nous revient avec un disque tranquille et régi par le feeling, enregistré en quartet avec son compère Henri Texier, qui tenait la contrebasse sur plusieurs albums antérieur du guitariste, Christophe Marguet et Jérémy Ternoy. On ne refera pas l'histoire des liens que tissent ces différents musiciens, leur musique est suffisamment parlante.

Inner Village est une apparition. Gérard Marais y propose neuf pièces composées et interprétées avec goût. La musique s'écoule sereinement, malgré une introduction sur les chapeaux de roues où le tandem Texier /Marguet impose une rythmique puissante qui semblera familière à beaucoup. Très rapidement, avec l'arrivée du beau thème de ce morceau, une mélodie faussement simple qui rend justice aux talents de compositeur du guitariste, la souplesse s'installe, pour ne plus s'effacer. Les quatre musiciens jouent tout au long de l'album avec retenue, et l'expression collective est plus régie par la souplesse que par la tension. Jérémy Ternoy fournit un accompagnement moelleux et prend de beaux solos durant lesquels il construit de longues phrases sinueuses et élégantes. Il partage avec Gérard Marais cette approche patiente de l'expression soliste qui rend les interventions parfois discrètes, à l'inverse de solistes qui attirent l'attention par un large déploiement de moyens et d'énergie. Ici, les deux instruments entretiennent une relation équilibrée, l'un soutenant l'autre par des successions d'accords délicats qui facilitent le développement horizontal des solos, ce qui en accentue la dimension mélodique. La contrebasse d'Henri Texier apporte un support solide et chantant, ses lignes caractéristiques favorisant la limpidité du son d'ensemble tout en apportant comme de coutume profondeur et robustesse. Aérée autant qu’inventive, la batterie de Christophe Marguet offre une pulsation qui épouse les intentions collectives, les oriente à l’occasion, et confère au son d’ensemble une légèreté qui sied à l’esprit du guitariste.

La musique est nourrie d’influences diverses, qui cohabitent intelligemment dans un propos dont la cohérence doit beaucoup à la manière que le quartet a trouvé de chanter. La musique circule beaucoup quand cela joue bop, la rythmique, jouée au fond du temps, emballe sereinement le jeu sur les morceaux binaires, et la clave de la musique latine suggère la danse. Soigneusement, les clichés sont évités, les lieux communs contournés. Ces ingrédients, souvent utilisés à outrance et sans émotion (notamment par les boppers qui avaient à mon sens souvent du mal à être aussi convaincants sur leurs morceaux aux influences cubaines, même si des centaines d'exemples me donnent tort), servent ici une recette toute personnelle. Inner Village est un disque beau et authentique. Inutile de chercher chez Gérard Marais l’inouï ou l’expérience extrême. Il faut y venir, justement, parce que sa musique est simple et délicate. Elle est aussi, en conséquence, délicieusement addictive.

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