10 juillet 2015

MILESDAVISQUINTET! - Shapin' With MILESDAVISQUINTET!








On piano, M. Xavier Camarasa.
On cello, M. Valentin Ceccaldi.
On drums, M. Sylvain Darrifourq.
Ladies and Gentlemen, please give a warm welcome to…. MILESDAVISQUINTET!
 
Où le quintet à trois joue à ne pas être celui qu’il dit.

Où les trois, justement, jouent finalement à n’être qu’un. Un, unique, un, tout. Preuve avec le premier des deux titres du disque, où, au départ, les trois instruments ont la même fonction, celle de créer et disposer des cellules rythmiques, des motifs simples dont l’imbrication est complexe. On a le sentiment, à mesure que s’intercalent et s’emboîtent ces sons, d’être au cœur d’un engrenage aux multiples rouages dont les vitesses de rotations et cliquetis associés sont aussi interdépendants qu’imprévisibles. Il y a une implacable logique dans leur montage, marqué du sceau de quelque horloger mélomane. Les motifs évoluent et les sonorités se multiplient, se font échos, se perturbent. C’est précisément d’ailleurs la diagonale opposée du Miles Davis Quintet, dont l’utilisation du nom est vous l’aurez compris à prendre au 7ème degré. Mais au fait quel quintet ? On s’en fout ça n’a rien à voir, mais je songe au second, et à son principe de « controlled freedom », dont l’objectif était de laisser le jeu collectif dériver vers l’abstraction tout en conservant la ligne directrice inhérente à la composition. Ici c’est donc l’inverse. On part, quoi de plus abstrait, de bruits secs et atonaux, et on se débrouille pour que leur agencement devienne une composition, instantanée mais scénarisée. Sur ce titre, « TAP », les premières notes, tirées en chapelet du piano, n’apparaissent qu’après dix minutes de mise en place rythmique. Alors commence une longue mise en tension ou les accords et les notes fusantes du piano, les roulements de toms et la matière saturée du violoncelle se débarrassent de toute contingence mathématique. La précision mécanique laisse place à l’énervement, la logique s’efface devant l’infondé. Jubilatoire éructation.

Puis vient « RUB », le second morceau, et son effet de contraste. Cette fois, ce ne sont plus des frappes sèches, mais des sons étendus, frottements et grincements, qui se répandent et emplissent l’espace, de manière plus aléatoire et plus projetée. Sous la surface des bruits, des chants de cétacés. Les cellules ne sont plus pulsatiles, mais mélodiques. Des e-bows sont posés sur les cordes de la cithare, et au fond des nappes bat le cœur d’un tambour. L’emportement est là, encore, paradoxalement porté par les sons étals, les micro-évènements. Il se drape de plénitude, se serti de délicatesse. 

Ce très beau disque (dehors et dedans) est paru sur le label Becoq qui poursuit sa collaboration fructueuse avec le Tricollectif. Il est à conseiller sans restriction. Parce qu’il est délicieusement déroutant, farouchement unique, étonnamment addictif, terriblement jouissif. J’ai eu le plaisir de voir le trio durant les Soirées Tricot. En live, la magie opère avec force, c’est un moment unique que je vous recommande de vivre, à l’occasion.

Plus tard je dirai à mes enfants : « J’ai vu le MILESDAVISQUINTET ! ». Je vois déjà leurs yeux qui brillent.

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