16 juillet 2015

Benjamin Duboc, Didier Lasserre et Henri Roger - Parole Plongée








Henri Roger : piano
Benjamin Duboc : contrebasse
Didier Lasserre : caisse claire et cymbales



Difficile d’évaluer l’impact d’un nom d’album ou d’un titre de morceau sur notre perception de la musique. Nécessairement cela oriente notre imaginaire, influe sur notre analyse. On voit des rapprochements, on se sent érudit de trouver autant de passerelles entre les notes et les mots. Parfois à tort, parfois de traviole. Mais une fois encore j’enfonce une porte ouverte, pour le plaisir de garder l’épaule en avant, pour ne pas perdre mon élan…

Parole plongée. La conversation, les fonds marins. Le titre du premier morceau, « Sables », m’encourage à y croire, tout comme le jeu du trio, très axé sur l’échange, la phrase. Alors c’est parti, va pour la discussion qui nous emmène loin, va pour une immersion dans un univers poétique où chacun participe à la création du décor, souvent par le détail. Après tout la ballade subaquatique serait moins belle sans petites bulles et reflets discrets. Henri Roger est dans son élément. Ces derniers temps, il a à plusieurs reprises fait allusion à l’eau, notamment dans ses propositions en solo (Exsurgences, Sunbathing Underwater…). Flottements et jaillissements, évolution lente prenant en compte la hauteur, jaysers, progressions silencieuses, tumultes. Comme tout liquide, le jeu du pianiste tient compte des obstacles. En les contournant il les épouse. Et se coule dans les silences préservés par Benjamin Duboc et Didier Lasserre, économes et soigneux.

Le liquide n’est pas seulement translucide. Il y a « Thé ou café ? », un morceau dense et nerveux où le jeu se durcit un peu. Mais sur la grande majorité du disque, c’est une musique apaisée et organique qui nous est offerte. La contrebasse est jouée aux doigts, les mains du pianiste restent sur le clavier, le set de batterie est comme d’usage très restreint, et exploité avec goût et sensibilité. Tout est fait pour rester centré sur l’échange, pour que ce soit simple. D’où ce sentiment d’évidence, de clarté. On ne cherche pas ici la distorsion du son, les phénomènes d’ondes croisées. Sous l’eau, la lumière et les sons cheminent doucement. Entre les musiciens, l’échange est constant, et si tous trois concourent à part égale à la beauté de l’ensemble, il apparaît que l’organisation naturelle de leur improvisation veuille que la contrebasse prenne en charge la dimension mélodique (en plus du support qui lui incombe), que le piano s’épanouisse dans la créations de couleurs et que la caisse claire et les cymbales apportent, le cas échéant, tension ou apaisement. 

La musique de ce disque « à taille humaine » est aussi sensuelle qu’aventureuse. S’y plonger est un délice. Pour ce faire, rendez-vous ici !

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