07 juillet 2015

Anne Quillier sextet – Daybreak






Pierre Horckmans : clarinette, clarinette basse
Grégory Sallet : saxophones alto, saxophone soprano
Aurélien Joly : trompette, bugle
Anne Quillier : piano, Fender Rhodes, compositions
Michel Molines : contrebasse
Guillaume Bertrand : batterie



On verra dans les deux dédicataires des premiers morceaux de Daybreak un presqu’indice sur la teneur du disque. Ces deux personnes sont Manu Larcenet et Vijay Iyer. Pas grand-chose à voir à priori, pourtant l’écoute du sextet d’Anne Quillier apporte une logique certaine, puisque sa musique est tout à la fois pourvue (tour de force), de la rigueur mathématique du pianiste et de la fantaisie de l’auteur dessinateur, qui s’ombre parfois d’épisodes où prévaut le sentiment. J’arrête là mon analyse par trop réductrice et approximative.

S’il faut décrire la musique d’Anne Quillier, disons qu’elle parvient à combiner des caractéristiques qui souvent se mélangent à la manière de l’eau et de l’huile. Il y a ici un travail rigoureux sur l’architecture rythmique, avec beaucoup de breaks, de décalages, de suspensions. Plutôt que de s’enfermer dans cette approche saccadée, la pianiste a eu le bon goût d’écrire des thèmes très mélodiques, que la composition de la section de vents permet d’harmoniser de façon singulière (l’ambre du cuivre, le mat du bois), ce qui apporte invariablement chaleur et souffle épique. Autre caractéristique notable : la musique circule, il y a beaucoup d’interactions, le jeu est souple, inspiré, chargé d’émotions. Ajoutons à cela des interventions personnelles qui, pour chaque membre du groupe, passionnent parce qu’elles sont interprétées avec abnégation, les musiciens s’appliquant à enrichir le propos collectif plus qu’à faire étal d’une technique par ailleurs irréprochable (Je fais l’économie d’une recension des solos de chacun, mais le cœur y est, vraiment – retenez les noms).  

Le sextet est issu de la pépinière du collectif PinceOreilles, et ses membres jouent ensemble dans différentes formations/combinaisons, ce qui peut expliquer leur capacité à se trouver facilement et à faire preuve de cohésion, parfois dans des espaces étroits ou des situations de jeu complexes. L’écriture d’Anne Quillier gomme les frontières entre la rythmique (dans laquelle on l’inclura car elle positionne son piano en colonne vertébrale des compositions, réservant à ses solos une concision qui n’en voile pas l’éclat) et les instruments à vents. Ces derniers ne fonctionnent pas qu’en section, et s’échappent pour venir s’accoler de temps à autres à la contrebasse ou au piano. Ces points de rencontres, tout comme les différents systèmes de contrechants qui impliquent tout le monde, favorisent l’évolution des morceaux, souvent « à tiroirs ».

Cette complexité n’impacte qu’eux, à propos. Nous autres, auditeurs, ne la percevons que par la quantité d’évènements, de phases, qui maintiennent notre attention, nous apportent de la diversité, des surprises, de la fraîcheur. C’est chantant, entraînant, imprévisible, ça tourne, ça pulse. Le parti-pris est de jouer à parts égales en angularité et en rondeur, en préservant quel que soit l’équilibre choisi le groove et la motricité. Ce beau disque est disponible, notamment ici, depuis le début de l’année. Si ce n’est déjà fait, les beaux jours me semblent être une période idéale pour s’y abandonner.




Aucun commentaire: