30 juillet 2015

1 000 Bornes trio – Piof !







Fabien Debellefontaine : saxophones tenor et alto, euphonium
Markus Braun : contrebasse
Matthieu Desbordes : batterie


Mille bornes, c’est grosso-modo l’équivalent d’un aller et retour entre la Bretagne et le Pays Basque. Ce qui, quelque part, n’est pas dénué de sens, puisque le trio nous emmène en promenade dans ces deux régions, d’abord par le biais de la pièce d’ouverture, « La Bretagne ça vous gagne », qui pose le décor et dévoile les modes de fonctionnement du groupe, puis par une interprétation de « Vino Griego », hymne d’un village portugais ayant un peu voyagé avant d’être intégré par les basques dans leur répertoire de musique de férias. Autant le premier joue la carte des brisures et des embardées tranchantes jaillissant de structures mobiles, donc instables, autant le second illustre la capacité du trio à développer un propos étendu où le chant et la danse sont mis à l’honneur.

Cette ambivalence, loin d’ailleurs de nuire à la cohérence du disque, est un parfait reflet du parcours de Fabien Debellefontaine, musicien polyvalent qui, comme il le précise, passe son temps à souffler dans des tuyaux. Saxophones, clarinettes, flûtes, euphonium, sousaphone et tuba figurent dans l’attirail qu’il ballade, au gré de ses envies et des histoires qu’il construit et entretient, dans des formations diverses qui lui permettent d’explorer différentes facettes du jazz. Du big-band (L’oreille cassée, Ping Machine) au brass band (112 Brass Band) en passant par la petite formation (il fait office de bassiste, au sousaphone, dans Big Four). Des Charentes maritimes à la Nouvelle Orléans en passant par New York. C’est principalement au saxophone qu’il officie sur cet album, exception faite de la belle relecture, sombre et envoûtante, du morceau « Princess » de Jimmy Guiffre qui le clôt. Les excellents Markus Braun (qui m’avait fait grande impression lors d’un concert du quartet de Maxime Bender sur l’Improviste en 2012) et Matthieu Desbordes complètent le trio. Celui-ci a une histoire, qui ne nous appartient pas mais qui fait que les trois musiciens entretiennent des liens étroits, qui se ressentent dans la manière qu’ils ont de construire leur propos collectif autours d’une écoute attentive et bienveillante. La musique, de fait, est livrée très brute, sans artifices (de jeu ou de post-enregistrement) qui viendraient la lisser, la parfaire. Il y a beaucoup d’espace, beaucoup d’épisodes ou le trio porte l’équilibre et la continuité du discours à bouts de bras. Il y a là une prise de risque considérable, tout particulièrement dans les moments d’apaisement où nait la tension qui sous-tend les envolées à suivre.

C’est précisément ce goût du danger qui donne au répertoire son unité, alors que les énergies et les références sont hétérogènes. On entend, sous forme de petites épices qui relèvent la recette sans la dénaturer, un clin d’œil au folklore breton, une ligne de basse Rythm’n’Blues, mais surtout des formes de jazz, plus ou moins contemporaines, mélangées avec goût. Les compositions sont tour à tour accidentées (« Piof ! », « Total Doesn’t Pay Taxes »), où propices au développement serein, comme le montrent la belle ballade « Esther » ou le titre plus jovial « Sticky Mack ». Le travail à chaud de la matière musicale est une constante, et l’inspiration ne fait défaut a aucune des trois voix, qui se mêlent et se portent avec naturel.

L’ensemble est superbement mis en valeur par la qualité de la prise de son « maison » (Markus Braun est un excellent contrebassiste mais aussi un excellent ingénieur du son, visiblement), si bien qu’on a le sentiment d’être au cœur du trio, d’en saisir toutes les nuances. Ça tombe bien, elles ne manquent pas.  

On peut se procurer ce beau disque, et quelques autres, sur le site de Fabien Debellefontaine.


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