22 juin 2015

Sébastien Lovato – Music Boox 2









Sébastien Texier : saxophone alto, clarinettes
 Sébastien Lovato : piano, piano électrique
 Marc Buronfosse : contrebasse
 Karl Jannuska : batterie

 

Pour la seconde fois, Sébastien Lovato est allé puiser dans ses lectures pour nourrir sa musique. De nouveaux extraits de romans lui ont inspiré des compositions qui, dans la continuité de la musique du premier volume, sont construites à partir d’une mélodie sur laquelle est apposée une ambiance, un ton. La mélodie est importante, elle fait souvent l’objet de plusieurs passages, avec de subtiles variations ; elle guide les solistes. Et puis il y a l’ambiance, la couleur, qui tend à mettre l’auditeur dans le même contexte que le lecteur.


Ainsi le disque s’ouvre-t-il par une mise en musique alanguie de « Montedidio », quartier de Naples qu’Erri De Luca a choisi comme théâtre du passage à l’âge adulte d’un gamin de 13 ans dans les années 50. On peut y entendre la chaleur pesante tout juste rendue supportable par les ombres mouvantes, ainsi qu’une nostalgie tendre que traduit la sonorité moelleuse de la clarinette. Autre illustration de ce procédé de mise en sons, le quartet interprète l’inaccessibilité des autorités du village pour K. l’arpenteur sur « Le château ». La ligne de basse hypnotique et les nappes de piano électrique presque gothiques traduisent l’étrangeté du roman inachevé de Kafka et la situation inquiétante de son personnage. Toujours dans cette logique, le quartet saisit sur « Hadrian’s Dream » la prose précise et vaporeuse de Marguerite Yourcenar évoquant le pays des songes. Le titre démarre par un dialogue épuré entre le piano et la clarinette. Ses développements sont  portés par la rythmique discrète et sensible de Marc Buronfosse et Karl Jannuska.


Le groupe accueille pour ce nouveau chapitre Sébastien Texier, qui évolue au cœur de la musique du pianiste avec beaucoup d’aisance et lui apporte une énergie toute différente de celle qu’amenait sur le premier volume Alexandra Grimal, conférant à des morceaux comme « Ritournelles » ou le pétillant « Ragondins » et son swing galopant un lyrisme ardent. La rencontre entre le pianiste et le saxophoniste a du sens. La manière dont ils se trouvent sur les épisodes intimistes en atteste. C’est le cas sur « Focus On Tanity », où les échanges poétiques entre le piano et le saxophone constituent une sorte de libération après une mise en tension orchestrée par Karl Jannuska.


Deux reprises sont venues se greffer au répertoire. « Another Brick In The Wall » est interprété au plus près de l’original, Sébastien Texier réussissant à faire chanter son saxophone avec goût, ce qui n’est pas simple sur une reprise d’un tel classique, où l’on accepte parfois avec difficultés les distances prises. Le disque se clôt par une interprétation en trio, pour le coup plus diluée, du « Little Wing » de Jimi Hendrix.  Cela nous extrait en douceur de cette seconde visite du salon de lecture de Monsieur Lovato. Quelques disques y trainent, à propos. Peu importe, il s’agit toujours de raconter de belles histoires.

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