10 juin 2015

Louis-Michel Marion – Grounds (Poème sur la corde grave) - 5 strophes






 






















Louis-Michel Marion : contrebasse

Avec Grounds, son Poème sur la corde grave, Louis-Michel Marion nous propose une longue plongée dans les basses. Ce poème, c’est une seule plage musicale de 27 minutes durant laquelle le contrebassiste joue, à l’archet, sur une seule corde de sa contrebasse. Le musicien prend le temps de laisser émerger des harmoniques et autres micro-évènements impalpables, qui finissent par prendre le pas sur les notes à proprement parlé. Ce sont ces bruits, voulus ou  acceptés, qui finissent par créer le discours musical, qui s’articule autour d’un vrombissement continu. S’imposer une telle contrainte oblige le musicien à aller chercher l’inouï, comme le firent avec les mots les écrivains de l’Ouvroir de Littérature Potentielle. 

La musique du contrebassiste demeure irrésolue. Peut-être est-elle simplement ineffable. Elle donne peu de réponses mais pose beaucoup de questions, dont une me paraît centrale : Est-il vain de vouloir imposer un chemin au son ? L’acte de création musicale, né d’une pensée, d’un geste, ou de la combinaison des deux, n’a plus vraiment de sens ici. La musique est libre non parce que le musicien se permet toutes les audaces, mais bien parce qu’il lui permet de muter à sa guise. Le contrebassiste file les clefs de sa baraque à une inconnue. Il y a évidemment une grande maîtrise du son, plus parfois pour le contenir que pour le projeter. C’est par cette notion de contrôle (de la vibration, des harmoniques) que naissent les phrases mélodiques sur « First steps » (5 strophes), dissimulées au cœur d’un voile grave entretenu par de rapides aller-retour d’archet.

Le travail de Marion autour du son, du chant de sa contrebasse, est profondément organique. Il est comme une continuité des chants gutturaux mongols, un prolongement des sensations du fœtus in utero. La vibration, les bourdons, les stridences sont autant d’éléments qu’il dispose, organise ou superpose avec inventivité, en dépit d’une nécessaire monochromie. 

La phrase et le bruitisme font ça et là quelques apparitions. Mais l’essentiel du propos tourne autour de la sculpture de la masse, approche qui n’est pas sans rappeler, entre autres, celle de Benjamin Duboc (PrimareCantus) ou de Daunik Lazro (Some Other Zongs). A la fois minimaliste et complexe, brutal et raffiné, ce chant s’arrache à la terre et viens provoquer chez l’auditeur un frémissement perceptible. Le site de Louis-Michel Marion permet d’écouter quelques extraits, pour se faire une idée. Mais il est chaleureusement recommandé d’accorder à ces disques le temps dont ils ont besoin pour nous envahir pleinement. Ça vaut le détour.

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