03 juin 2015

Deux maisons - For Sale







Luís Vicente : trompette
Théo Ceccaldi : violon, alto
Valentin Ceccaldi : violoncelle
Marco Franco : batterie




Cela fait quelques années que les musiciens portugais Luís Vicente et Marco Franco se croisent et collaborent avec les frères Ceccaldi. Deux Maisons est un quartet dont il a existé (peut-être existent-elles encore d’ailleurs) quelques variantes, sans batterie avec le guitariste Marcelo Dos Reis ou avec, en lieu et place du violoncelle de Valentin Ceccaldi, la contrebasse de André Rosinha. Rien d’inhabituel quand on suit un peu les aventures des membres du Tricollectif. Avec une poignée de musiciens on fabrique un tas de groupes. Et à chaque fois… Bing ! Le trompettiste et le batteur s’inscrivent dans cette logique, que montrent les résultats obtenus en liant leurs noms sur un moteur de recherche.


Deux maisons, donc, une en France et une au Portugal. Deux maisons mais une seule famille, c’est évident. On entend là une parfaite cohérence, non dans l’expression à proprement parlé, mais dans la mise en place collective d’une musique travaillée à chaud selon des schémas de mise en tension imprévisibles. Les échanges sont vifs, c’est instable, audacieux. Les différences deviennent complémentarité et le tout s’équilibre avec atypie. Par exemple, Marco Franco joue beaucoup sur les effets de foisonnement,  en restant parfois très centré sur ses toms, mais « prive » son jeu de rythme et de motricité, privilégiant une sorte d’illustration par le grondement que contrebalance les lignes vagabondes et mélodiques du violoncelle. A l’archet où au doigt, Valentin Ceccaldi amène le mouvement, la circulation des masses. De la même manière, Théo Ceccaldi phrase avec aplomb et construit un discours sur la longueur, en jouant avec les répétitions, les motifs appuyés, l’alternance de séquences basées sur le travail du son et d’envolées mélodiques (son solo étonnant durant les premières minutes de « Two Living Rooms » est à ce titre un modèle de logique narrative) tandis que Luís Vicente essaime des interjections laconiques en forme de ponctuation ou de commentaire, avec ici et là des interventions plus étendues caractérisées par une langueur distante. Les inflexions du violon sont graves, orageuses, celles de la trompette chargées d’une jovialité vacillante. L’interaction ne tire donc pas comme souvent sa force de la coagulation d’énergies circulant vers le même point de fuite, mais de contrastes qui s’équilibrent à la manière de différents éléments d’un mobile, à première vue disparates. Il y a aussi, tout au long du disque l’ambivalence entre les formes incertaines de la musique improvisée et les textures soyeuses émanant des cordes, violon et violoncelle se livrant régulièrement à l’exercice de la musique de chambre impromptue, ce qui confère à des pièces comme « Two Balconies » où « Three Bathrooms » une dimension profondément lyrique que relèvent les écorchures de la création instantanée.


Paru sur le label Clean Feed, For Sale est un disque bouillonnant et créatif. De notre chez-nous, il offre en outre une vue dégagée sur une autre maison, celle d’une scène portugaise que je méconnais mais qui m’attire au même titre que tous les collectifs, groupes et musiciens qui de par le monde continuent de casser les murs pour reconstruire des passerelles avec leurs pierres. Homes, sweet homes.

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