01 juin 2015

Alessandro Sgobbio - Charm







Alessandro Sgobbio : piano
Xuan Lindenmeyer : contrebasse
Frédéric Chapperon : batterie


Pianiste Italien installé à Paris, Alessandro Sgobbio est un musicien qu’on espère voir à l’avenir davantage exposé, car la musique qu’il compose tout comme son jeu lumineux méritent d’être partagés avec le plus grand nombre. Charm est le premier album du trio qu’il forme avec Frédéric Chapperon et Xuan Lindenmeyer.

L’ensemble des pièces ont été composées par le pianiste, qui se place en pointe de sa formation, une posture plus liée à l’écriture et à l’esthétique musicale qu’à une volonté de se mettre en avant. Pour preuve les parties qu’il confie à sa section rythmique. Le morceau rythmé « Creosotechromies » s’achève par une longue partie durant laquelle piano et contrebasse accompagnent une prise de parole de Chapperon. Divisé en deux parties distinctes, l’une douce et mélancolique, l’autre articulée autour d’un riff plus tendu, « Martyrlied » est porté sur toute sa durée par une contrebasse qui prend tour à tour en charge les parties centrales, l’une mélodique et l’autre rythmique. Pour autant, le soliste principal reste Sgobbio, dont on prend beaucoup de plaisir à découvrir la personnalité. Voici un pianiste qui sait se faire discret, en restant majoritairement dans des zones de jeu où l’expression mélodique s’élève à peine d’une prise en charge de la substance musicale. Son territoire est en premier lieu situé au cœur du jeu collectif. Il y articule un jeu lisible ou les motifs et les successions d’accords donnent les directions à suivre et définissent les couleurs. Et même s’il est çà et là l’auteur de phrases originales et magnifiques, comme sur le solo dont il orne la pièce d’ouverture, « Criméeide », il se concentre principalement sur la mise en place d’un son global, pour que le trio puisse développer collectivement son univers. 

De cette démarche résulte un disque moelleux, dont la richesse ne réside pas dans une succession de moments de bravoure mais plus dans la construction collective de tableaux impressionnistes au sein desquels de grands espaces sont laissés à disposition de l’auditeur, pour qu’il y flâne. La musique est parfois cinématique, comme sur « Heiland Islands » ou « La rentrée », parfois jouée avec délicatesse et précaution, comme sur les très belles ballades « Anjalogie » et « Malborough ». Dans un cas comme dans l’autre, elle respire et reste caractérisée par un compromis trouvé entre son dépouillement et sa motricité.

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