04 mai 2015

Watt - 77'06







Julien Pontvianne : clarinette
Antonin-Tri Hoang : clarinette
Jean-Brice Godet : clarinette
Jean Dousteyssier : clarinette


Le quatuor de clarinettes Watt tire son nom du second ouvrage de Samuel Beckett, et s’inspire pour partie dans sa conception de la forme narrative des caractéristiques de l’écrit du britannique. L’unique morceau qui compose ce disque, dont le titre est la durée (soixante dix-sept minutes et six secondes) est elliptique. Les clarinettistes ne phrasent pas, il n’y a pas de rythme. Ce morceau est joué dans un long souffle continu et c’est à l’intérieur du son que les choses se déroulent, comme les phrases de Beckett, dans ce récit allusif et désorientant, dévoilent leur sens par la répétition de mots qui ne le servent pas directement. 

Ainsi utilisées, les clarinettes entrent en résonnance, et c’est le résultat de la rencontre des sonorités qui constitue la matière musicale de ce disque. Les harmoniques sifflantes colorent les timbres, les vibrations telluriques se mêlent aux souffles, les notes se fondent et génèrent des ondes qui sont à l’origine d’un vibrato naturel. C’est au cœur du son que se déroule ce théâtre des petites choses. Cette musique m’évoque le travail d’Yves Klein sur ses monochromes, et la manière dont leur uniformité invite à la lente exploration des reliefs de la toile tout en éveillant l’imaginaire. A ceci près que la teinte évolue Il y a au long de cette longue plongée sonique bien des évènements, qui brouillent la netteté de la ligne centrale. Les quatre musiciens, qui ordinairement profitent des libertés que leur offre la musique, sont pour une fois ses libérateurs. A elle de trouver sa voie, entre les gestes lents et les phénomènes physiques. Les clarinettistes, l’aident à tourner, à se faire, se polir, trouver des issues. Ils favorisent ses subtils mouvements, créent une pièce atypique et envoûtante. Cela se passe sur le Label Becoq, dont nous reparlerons prochainement puisqu’y sont parus quelques petits bijoux qui sont, comme on dit, « à l’aise sur la platine »…

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