31 mars 2015

Cellp - Synapse







Lucas Gaudin : saxophone
Tazio Caputo : claviers et effets
Matias Riquelme : violoncelle électrique
Laurent Lacoult : batterie


Cellp fait partie de ces groupes que l’on renonce à étiqueter.
Les compositions empruntent des chemins différents, adoptent des couleurs et des parures, vibrent selon des énergies qui ne se ressemblent que rarement, mais donnent un tout étonnamment cohérent. Les influences sont multiples, et impactent la musique pour la rendre plurielle. De la funk bien heavy au hard Rock, de l’électro au Dub en passant par les musiques répétitives, le Trip-Hop ou la pop. Et le jazz, dans tout ça, puisque ces musiciens évoluent dans ce microcosme ? Et bien le jazz semble être ici une sorte de ciment. Peut–être est-ce un peu grâce à lui que tout cela a du sens. En fait je n’en sais fichtre rien, et finalement cela me concerne peu. Ce qui importe, c’est ce voyage au cœur des sons et des rythmes, ces mélodies qui vont et viennent, parfois centrales comme sur le sensible « Ballade para mi padre », parfois diaphanes, estompées, comme sur « 4 In The House », une sorte de dub minimaliste durant lequel le silence reste le personnage principal. Tous les éléments sont d’ailleurs organisés comme s’il s’agissait de saynètes. Climats, décors, toiles de fond, protagonistes. Plusieurs musiciens du groupe ont l’habitude de composer de la musique pour le cinéma ou le théâtre, et ont visiblement transféré à Cellp cette capacité à raconter, illustrer, enrober d’une ambiance, créer des surprises.

Prenez ce texte comme une bande annonce, je n’y dévoilerai que ce que je juge nécessaire pour attirer l’attention sur cet album, qui n’existe pour l’heure qu’en version dématérialisée mais devrait paraître « en dur » par la suite. S’y expriment quatre musiciens encore peu médiatisés mais qui ont en commun la qualité de jouer la carte du collectif, en apportant à la musique ce dont elle a besoin et non en profitant d’elle pour faire étal d’un savoir jouer que l’on distingue de toutes façons sans peine. D’où une juste mesure trouvée entre le geste, l’élan individuel et le travail du son d’ensemble, y compris durant les solos, qui sont davantage axés sur la narration que sur l’épanchement. Lucas Gaudin sur « Ballade para mi padre » et Matias Riquelme sur « Deux chaussons rouges » modèlent ces compositions apaisées par leurs interventions. Le violoncelle électrique de ce dernier n’est pas étranger à la singularité du rendu sonore puisqu’il navigue perpétuellement entre des parties lyriques et d’autres qui le positionnent en bassiste, comme sur « La course du lundi matin », où il semble possédé par un avatar fluorescent de Bootsy Collins. Et puisqu’on parle de son, il faut souligner l’importance et la pertinence des apports de Tazio Caputo, qui n’y va pas avec le dos de la cuillère et déverse dans les morceaux des coulées d’acier en fusion, des sons saturés d’électricités qui entretiennent un groove acide ou remet en cause les équilibres trop simples, par effet de corrosion. La pulsation protéïforme insufflée par Laurent Lacoult canalise ce propos souvent brûlant au sein duquel, entre la puissance stable de «Cucarachas » et les interactions empreintes de liberté de « Ateo », la musique fraie une piste d’écoute qui stimule notre imaginaire. Silence ! Ca tourne grave !


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