14 octobre 2014

David Enhco - Layers







David Enhco : trompette 
Roberto Negro : piano, Rhodes 
Florent Nisse : contrebasse 
Gautier Garigue : batterie


C’est un réel plaisir de retrouver le quartet de David Enhco, dont le premier album, La horde, avait mis en lumière les nombreuses qualités. Layers prend sa suite et nous montre que le quartet est une formation en devenir, puisqu’on mesure très vite l’envergure qu’on prit les discours individuels et leur somme. Ce disque est concentré, dense, chaleureux. L’inventivité dans leurs développements improvisés sied à l’élégance des compositions. Non, vraiment, c’est du beau boulot. Voir un beau disque comme celui-ci porter la référence 001 d’un label (Nome) créé par ces jeunes musiciens qui ont tant à dire est de fort bon augure. Confirmation sera donnée prochainement avec la seconde référence du label, dont il sera inévitablement question ici. 

Sans succomber aux charmes des comparaisons faciles, je ne peux m’empêcher de penser à un disque que j’ai eu le plaisir de chroniquer pour Citizen Jazz, celui de Flash Pig, groupe qui partage avec le présent quartet sa section rythmique, excellente de part et d’autre. Il y a ici cette même appétence pour la pulsation explicite et un égal sens de la dramaturgie. Moi qui goûte peu d’une manière générale les solos de batterie, je salue celui de Gautier Garrigue sur « Rude And Gentle », un beau morceau apaisé qui se transforme sans trop qu’on s’en aperçoive en concerto pour batterie. Cette prise de parole, humble, délicate et inspirée, est un parfait pendant aux propositions rythmiques, plus ou moins appuyées, entre ternaire sautillant, feulements atmosphériques et binaire martelé, des autres titres. Parler d’entente télépathique entre un batteur et un contrebassiste est un lieu commun. Tant pis, j’y vais. C’est le cas ici, tout fonctionne, et le raffinement des lignes de Florent Nisse, invariablement chantantes, se muent parfois en solos remarquables, qui à leur tour redeviennent accompagnement, en replongeant au plus profond de la composition pour en assurer l’ossature. L’enchainement des prises de parole sur « Keep It Simple » l’illustre bien. Nisse s’y exprime en soliste puis développe un jeu d’une grande amplitude tandis que le piano, puis la trompette, se succèdent sans temps morts et dans une logique de continuité.

David Enhco adopte l’attitude du leader tranquille. Tout au plus s’autorise-t-il à introduire en solo absolu le titre «In Waves » qu’il livre ensuite en pâture à un groupe affamé qui propulse la composition à coups de rythmes vindicatifs et d’accords charnus joués au Rhodes, ou à interpréter, comme s’il chuchotait au creux de notre oreille, une magnifique version du standard « Nancy With A Laughing Face » en duo avec le contrebassiste. Ailleurs, c’est avec un souci de la préservation de l’expression collective qu’il s’exprime, suffisamment pour nourrir la musique de son chant, mais en prenant soin de ne pas occuper inutilement l’espace. Ses interventions lyriques privilégient l’idée à la surenchère bavarde. Ce refus de systématiser sa présence, où plutôt cette capacité à s’effacer confère au disque sa légèreté, ainsi qu’une relative concision. Le sens de la retenue est une qualité qu’il partage avec Roberto Negro. Le pianiste, dont on sait qu’il ne boude pas les contextes extrêmes ou décalés (cf La Scala ou sa superbe Loving Suite pour Birdy So, entre autres jolies réalisations), joue ici de façon plus posée qu’avec ses comparses du Tricollectif, mais avec une identique exaltation. Il est à l’origine d’un important travail de fond (mouvements harmoniques, motifs circulaires et contrepoints), et donne à ses solos les délicieux accents dont son jazz est nourri, entre bop, musique contemporaine, pop et musique savante.  C’est à partir de ce cocktail qu’il dynamite « Séquence », un titre énergique qui conduit l’auditeur vers un « Epilogue » aérien.  Mais qu’on se rassure, il ne s’agit pas là d’une fin. Ce n’est en fait que le commencement. Et ça c’est très bien.

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