31 juillet 2014

Roberto Negro – Loving Suite pour Birdy So








Elise Caron : chant, flûte
Roberto Negro : piano, composition et direction artistique
Frederico Casagrande : guitare
Théo Ceccaldi : violon, alto
Valentin Ceccaldi : violoncelle
Nicolas Bianco : contrebasse
Xavier Machault : textes



… Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’œufs.

Oups, pardonnez-moi, je rembobine. Il faut la prendre dès le début, cette histoire, car il n’y en a pas tant que ça des romances aviennes, malgré les valses.

Il s’agit donc d’une love story à plumes pour laquelle Roberto Negro en a utilisé deux, des plumes, la sienne pour la musique et celle de Xavier Machault pour les textes, et pas moins de 112 cordes, toutes sensibles. Il y a les cordes vocales d’Elise Caron, et toutes celles que les musiciens grattent, frappent, frottent et pincent, soit un sextet qui développe un jeu luxuriant que l’on se retiendra de définir comme chambriste malgré la douceur qui s’en dégage majoritairement. Parceque le pianiste joue ça et là au percussionniste en coinçant différents objets dans le ventre de son instrument. Parce que le guitariste envoie un riff clairement rock sur « Champagne ». Parce que les frères Ceccaldi et Nicolas Bianco développent un jeu si mouvant qu’une chambre ne saurait le contenir. Parce que la guitare dispense par ses effets des atmosphères brumeuses et électriques, où se déversent parfois des parties solistes modérément figuratives.

La musique, pareille aux pensées de l’aimant et de l’aimé, peut tout aussi bien être de velours que perdue dans une tempête d’incertitude. Roberto Negro a intégré dans l’écriture de cette suite de nombreux styles musicaux qui se marient fort bien puisque toutes les configurations partagent comme dénominateurs communs un premier degré mélodique qui provoque l’addiction de l’auditeur et une cinématique maîtrisée jusque dans ses moindres détails. Le bel instrumental « Comme dans un livre d’Erri de Luca », porté par un thème lyrique et développé sereinement autour d’un motif de piano, l’illustre bien.

Romantique ou parnassienne, la chaotique idylle nous est contée par l’intermédiaire de phases de vies, drôles ou pesantes, que le charme des textes de Xavier Machault rend d’autant plus poétiques qu’ils sont chantés, déclamés, joué, dits, murmurés par Elise Caron avec une dimension théâtrale qui sied à merveille à son style, au carrefour des possibles.. Autour d’elle et des histoires d’oiseaux se met en place une délicate machine à transformer les émotions en notes. D’où je suppose la sensibilité qui se dégage d’un titre comme « Bicyclette », baigné d’un humour délicat. Les instants de flottements, où les oiseaux se cherchent, se déclinent en parties musicales mystérieuses, comme sur « M’avez-vous dit vous ? », rendu mystérieux par un jeu et un son très travaillé de Frederico Casagrande comme par la façon lascive qu’a la chanteuse de déclamer d’un air détaché les jeux de mot du texte. Les archets de Théo et Valentin Ceccaldi rendent quant à eux la « Bal(l)ade volée de Birdy So » onirique et aérienne. Dans « Toi, moi, oie », Negro met en scène ses personnages dans une scène burlesque qui se transforme, dans l’humour, en ode à l’amour décloisonné (« Trois menus s’il vous plaît, Madame est avec nous ! »).  « Champagne » est un autre moment fort. Après une intro vaseuse diqne des plus belles gueules de bois, un violon se pointe, au discours titubant et à l’articulation pâteuse. Un riff de guitare Stoner apparaît en fond, puis fait au fur et à mesure monter la pression, le violon s’intensifie à mesure qu’Elise Caron chante la perdition rageuse. Le piano appuie les accords puis entraîne le groupe dans une abstraction qui clôture le morceau. Il y a ces épisodes durant lesquels l’amour est fragile comme de la porcelaine. Et d’autres durant lesquels il semble inébranlable. C’est ce que les fleurs et leurs enivrants parfums viennent nous rappeler à trois reprises par le biais d’une composition déclinée de trois manières, jusqu’au « Un grand bouquet » final, happy end sucré et rassurant de cette histoire farfelue.

Et ils vécurent heureux , disais-je, et eurent beaucoup d’œufs.

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