25 avril 2014

Toons – 7 nains (Timide, Atchoum, Joyeux, Simplet, Grincheux, Prof, Dormeur)





Gabriel Lemaire : saxophones alto et baryton
Théo Ceccaldi : Violon
Guillaume Aknine : guitare
Valentin Ceccaldi : violoncelle, horizoncelle
Florian Satche : batterie


Hey Ooooooooooooooooooh ???!!!

Nouveau passage par la case Tricollectif, puisque chez eux il n’y a rien à jeter !

Toons, C’est la somme de deux formations du collectif, le Théo Ceccaldi Trio et Marcel & Solange. Comme Valentin Ceccaldi fait partie de l’une et de l’autre, l’addition de ces deux trios devient un quintet, et l’on est une fois encore stupéfaits par la qualité de leur réalisation, avec cette amplitude de langage et cet à-propos formel dont on imagine mal se passer désormais. 

C’est peut-être pour fuir la méchante Reine Formatage et organiser tranquillement une rébellion visant à rétablir la justice que nos cinq héros se sont enfoncés dans les coins les plus reculés de la forêt du Bon Goût, y rencontrant au hasard des sentiers tortueux les sept travailleurs maladroits au caractère bien trempé. Où peut-être ont-ils simplement voulu honorer leurs potes les 7 nains, hommage que Miles a oublié de leur rendre. Allez savoir.

Quoi qu’il en soit, il y a un Big Jim sur la pochette. Ce qui, de prime abord, n’a rien à voir. Mais à y regarder de plus prêt en tendant l’oreille, l’association du bonhomme en plastique et des petits bonshommes aux gros pifs constitue une clé pour comprendre, puisque l’analyse formelle d’un objet si foisonnant relève de l’exploit ou de l’exercice de style pesant, d’où vient la fraîcheur et l’honnêteté de cette suite de 37 minutes et des poussières de fées décomposée en sept mouvements, chacun vous l’aurez compris étant une évocation en musique d’un nain et du caractère qu’il incarne ou de sa spécificité. Cette clé, c’est la propension qu’ont les enfants à faire cohabiter des univers dans une même histoire, en capitalisant sur la diversité d’éléments, de personnages et de matières pour ficeler un scénario qui se tient puisque ses aléas et rebondissements tirent parti des possibilités offertes. Ce qui, dans un tout autre registre, fait le charme de Toy Story. Ah, si Toons pouvait être programmé dans autant de salles…

Revenons à notre suite. Elle démarre sur la pointe des baguettes (timidité oblige) avec un solo de batterie dont Florian Satche a le secret, fond rythmique puissant ornementé d’une multitude de frottements et grincements. Les autres instruments apparaissent en arrière-plan et se joignent au sein de petites cellules mélodiques qui s’organisent pour faire enfler la musique. Elle s’achève avec une évocation apaisée, aérienne et dépouillée de "Dormeur". Entre ce début et cette fin, les cinq musiciens n’ont de cesse d’alterner solos et accompagnements, échanges en duo et thèmes interprétés de concert. Leur musique est vivante, chatoyante, amusante et sensible. Toutes les combinaisons sont exploitées pour enrichir autant que faire se peut la palette de couleurs. Les cordes et le saxophone  mêlent leurs timbres, les archets délivrent par leurs frottements de puissantes charges émotionnelles, comme sur "Atchoum", où Théo Ceccaldi s’illustre par un solo poignant et dont le thème semble interprété par une section de cordes étendue. La guitare peut tour à tour privilégier le phrasé (magnifique solo sur "Timide") ou la ponctuation bruitiste ; la batterie stabilise la musique (comme sur le thème ensoleillé de "Simplet") ou la bouscule par ses syncopes tourbillonnantes. Le saxophone est une voix ("Joyeux" et ses airs de blues dégingandé) autant qu’un élément de texture ("Dormeur", "Prof"). Le violoncelle de Valentin Ceccaldi (valeureux compositeur de cette fresque épique) se partage entre rythmiques, solos et participation chorale. 

La manière dont a été songé l’enchaînement des portraits est également d’une remarquable intelligence, et c’est souvent par le biais d’interventions solistes ou d’échanges intimistes que se fait la jonction entre deux nains, donc entre deux ambiances. Ainsi, après un beau solo de violoncelle, un petit accord de guitare guilleret annonce l’arrivée de "Simplet", et son thème en forme de calypso pastoral. Celui-ci sera noirci par les traits violents de violon et de baryton, annonciateurs de l’arrivée de "Grincheux" et des distorsions qui l’accompagnent, avant de s’éteindre elles-mêmes sous un feu nourri de tintements d’où émergera "Prof", avec son thème énorme et ses fulgurances.

Au terme des sept mouvements, le silence. Et un peu plus loin, un morceau caché. Nouveau personnage qu’il appartiendra à chacun de nommer. Blanche Neige ? La Reine Formatage ? Le chasseur ? Pour moi c’est Skeletor, venu lui aussi dans la forêt du Bon Goût pour y récolter un peu de salsepareille. Comment expliquer, sinon, ces sons magiques et inquiétants ?

Du 29 avril au 3 mai, tous ces musiciens passionnants et bien d’autres animeront les Soirées Tricot, qui s’annoncent grandioses, avec pleins de groupes, des rencontres improvisées, des invités prestigieux, des bidouillages et du camping musical. Toutes les infos sur le site du Tricollectif. Concerts et galettes sont, vous l’aurez compris, très chaleureusement recommandés.



1 commentaire:

Kent a dit…

Une belle découverte, et des artistes à voir en live c'est évident ! cf le festival annuel du Tricollectif !