17 avril 2014

Jean-Marc Foltz - Viracochas





Jean-Marc Foltz : clarinette basse
Philippe Mouratoglou : guitare baryton
Sébastien Boisseau : contrebasse
Christophe Marguet : batterie

C’est en se replongeant dans la lecture du voyage initiatique de Luis A, conté par Henri Gougaud dans Les sept plumes de l’aigle, que Jean-Marc Foltz a imaginé, parallèlement à l’organisation d’un voyage physique, ce parcours musical chargé de spiritualité ou chaque thème renvoie à une pierre sacrée, les Viracochas.

Fidèle à son esthétique ascétique, le clarinettiste trouve à travers l’évocation de ces divins cailloux une thématique qui colle parfaitement à son jeu. Comme les pierres en question, sa sonorité n’a rien de brillant, et la beauté de ses formes n’est pas ostentatoire. Par contre, sa puissance et sa solidité, ses matières rugueuses et ses aspérités, ses formes simples qui épousent l’espace en y laissant de nombreux interstices renvoient à la simplicité minérale des sujets, qui dévoilent leur superbe à qui sait s’arrêter pour les contempler.

Par extension, la musique du quartet respire et évoque, dans ses silences comme dans ses charges émotionnelles, la puissance des paysages rêvés d’Amérique du sud et la simplicité des valeurs que renferment les sept plumes ou, c’est selon, les pierres.  En cela, le choix de ses partenaires est des plus certains, et c’est avec beaucoup de plaisir que l’on entend, plaisir trop rare, les phrases de Sébastien Boisseau jouer à cache-chache avec les rythmiques, ici très atmosphériques, de Christophe Marguet. Si le tandem Rythmique propulse le groupe à plusieurs reprises, c'est avant tout dans une succession de climats épurés et de gestes poétiques que s’épanouit ici leur complicité. 

Ce qui devait initialement être un trio est complété par Philippe Mouratoglou, l’un des fondateurs, avec Jean-Marc Foltz et Philippe Ghielmetti, du magnifique label Vision Fugitive dont ce disque est une référence. Grand bien a pris à tout ce petit monde d’associer à ce projet la guitare baryton, puisqu’elle contribue largement à l’originalité du son de ce disque, mais aussi à la mise en place d’ambiances qui traduisent dans un tourbillon de reflets dorés les lumières, les chaleurs et les espaces que l’on imagine être ceux dont le voyageur est baigné, la haut sur la cordillère des Andes. 

A l’intérieur du beau digipack se niche, comme un ultime trésor caché, un livret où, en reflet de la musique du quartet, des photographies de Nicolas Bruant présentent des statuettes qui semblent jouer avec l’espace et la lumière. 

Oui, Viracochas est un voyage. Nul besoin de s’y préparer trop longuement car dans les contrées que nous fait visiter Jean-Marc Foltz, l’air ne manque pas. Et le soleil caresse. Et le vent nous guide.



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