06 janvier 2014

Gueorgui Kornazov - Sila




Emile Parisien : saxophone soprano
Geoffroy Tamisier : trompette
Gueorgui Kornazov : trombone, compositions
Manu Codjia : guitare
Marc Buronfosse : contrebasse
Karl Jannuska : batterie


Parfois, on détecte à droite à gauche des éléments qui annoncent l’arrivée d’un album, et l’on se met à chasser les indices, pour peu que le disque en question nous fasse saliver. Le précédent disque de Gueorgui Kornazov (Viara), avec sensiblement le même effectif, m’avait tant séduit que le visionnage de vidéos de concerts sur le net ainsi qu’une annonce proclamant la survenue imminente de Sila sur le label BMC avaient placé ce disque dans ma top-list des choses musicales attendues. Malheureusement, les choses étant ce qu’elles sont, le chemin conduisant la musique du tromboniste des studios jusqu’à nos oreilles fut plus long que prévu. Le cauchemar du mélomane impatient, et, on peut le supposer, des musiciens pressés de partager leur réalisation.

Fort heureusement, l’album est enfin disponible. Et il est tout simplement magnifique. Sila. En bulgare, cela veut dire force, et le sextet s’emploie à en donner des illustrations sonores sous la forme d’une longue suite au sein de laquelle des thèmes splendides se succèdent et/ou se transforment, un peu à la manière des mélodies orchestrées de plusieurs façons dans les musiques de films. On retrouve évidemment la patte de Kornazov, cette écriture éminemment mélodique où les thèmes restent perceptibles, en filigrane des développements improvisés de manière naturelle. Ici ces thèmes ne sont jamais loin, ils passent d’un instrument à l’autre, se reflètent  et ricochent, sont repris par la contrebasse pour devenir une cohérente ligne de soutien. L’arrivée dans le groupe de Geoffroy Tamisier, en plus d’ajouter à l’effectif déjà somptueux une voix chargée de poésie, permet de multiplier les recours aux canons et de permettre à deux instruments à vent de maintenir une interprétation orchestrée des thèmes tandis que le troisième s’exprime sur la trame ainsi nourrie.

Comme pour ses disques précédents, le tromboniste a veillé à ce que chacun puisse laisser libre court à sa propre fantaisie, et il s’avère que chaque discours s’inscrit avec naturel au sein d’un propos collectif très typé, marqué par le goût de Kornazov pour les mélodies simples caractérisées, à travers leur lyrisme et leurs fragrances bulgares, par un délicat mélange de nostalgie et de gaieté. L’alternance, ou plus précisément l’imbrication des thèmes, des passages atmosphériques et des percées individuelles fait que chaque minute compte, la logique narrative nécessitant que le sextet prenne le temps de mettre en place des couleurs orchestrales favorisées par les alliances de timbre des instruments à vent, les harmonies célestes de Manu Codjia et la pointilleuse manière qu’a la section rythmique de s’effacer tout en jouant un rôle évidemment capital dans l’instauration des dynamiques appesanties. Comme tout est question de variations d’énergie, les différentes parties de la suite sont autant d’occasions de varier l’intensité du jeu, faisant de cette captation live un véritable récit. Nombreux, donc, sont les passages où la musique éclate, jaillit, portée par des rythmes puissants et nourrie par des solistes habités.


L’écoute de ce disque puissant et émouvant est une des belles choses dont il serait dommage de se priver en ce début d’année. Il y a là de quoi sourire et rêver.  Si vous le croisez au détour d’un rayon, je vous conseille de vous ruer dessus. Mais la façon la plus sûre de se le procurer est de s’adresser directement au tromboniste. Vous pouvez lui envoyer un mail (gueorgui.kornazov@gmail.com) pour commander cet album qui, pour le coup, nous en donne, de la force.

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