20 mai 2013

Sébastien Texier – Toxic Parasites




Sébastien Texier : saxophone alto, clarinette, clarinette alto
Alain Vankenhove : trompette, bugle
Bruno Angelini : piano
Frédéric Chiffoleau : contrebasse
Guillaume Dommartin : batterie


La création de ce quintet est l’occasion pour Sébastien Texier de réunir des musiciens avec lesquels il a pu partager de nombreux moments, et l’on sait que c’est là sa façon de concevoir un groupe. Commencer par regarder autour de soi, dans son proche entourage ou ses récentes rencontres, et imaginer les associations permettant de donner vie à sa musique. Celle-ci, comme un prolongement naturel de son phrasé au saxophone ou aux clarinettes, dévoile tour à tour ses embardées physiques et ses parts de rêve. Si cette configuration avec anches, trompette, piano et section rythmique fit les belles heures des boppers durant plusieurs décennies, elle est ici envisagée comme une source de moyens à mettre en face d’une esthétique qui se démultiplie au fil des titres et révèle peu à peu le potentiel narratif d’un quintet au sein duquel les rôles sont redistribués à l’envi. De ces contournements naissent des émotions nuancées, et la musique de Sébastien Texier nous rappelle que chaque chose a son versant baigné de soleil. Alors, au fil de ces huit compositions,  on se souvient d’un musicien sublime à qui l’on chante, en juste retour des choses, encore un peu de beauté ; on se laisse envahir par cette nostalgie qui, plus qu’une élégante forme de tristesse, est une belle manière de ne pas oublier ; on s’enivre de cette insouciance avec laquelle nos retrouvailles sont toujours une célébration de ce que l’on ne devrait cesser d’être.

Les compositions sont ici pensées avec un grand respect pour la mélodie, et celles-ci s’ancrent un peu plus en nous à chaque écoute. Mais si la notion de thème est claire pour des titres comme « Song For Paul Motian » ou « L’insouciance », l’écriture du saxophoniste enchante également par l’attention portée à la mise en place, les solistes n’étant pas toujours ceux que l’on croit. Ainsi le riff qui ouvre l’album, joué par le saxophoniste et Alain Vankenhove, s’avère être plus structurel que narratif, puisque le magnifique thème est dans un premier temps interprété à l’unisson par le piano et la contrebasse, avant que les rôles ne s’échangent dans un ballet savamment orchestré. Plus loin, sur « Le courage ne fait pas tout », les instruments à vents laissent flotter une phrase qui met en relief le discours tressé dans l’instant par Bruno Angelini, Frédéric Chiffoleau et Guillaume Dommartin. « Le jour d’après » (pièce dédiée aux victimes de Fukushima) bénéficie également d’une audacieuse construction. On y entend, à travers une expression collective qui se déconstruit et se durcit, la catastrophe, suivi de la désolation, subtilement mise en musique par le pianiste et le contrebassiste, et enfin la reconstruction, le retour à la vie symbolisé par un retour au thème et une réapparition du rythme. Sébastien Texier se serait bien passé de certaines sources d’inspirations, mais s’il met des notes tranchantes en face de vies froissées et de comportements condamnables, il en trouve d’autres, rondes et positives, pour évoquer les belles choses et les belles personnes, pour faire de ce disque une célébration autant qu’un acte de dénonciation.

Attentif au message autant qu’à la forme, Sébastien Texier a su constituer un groupe à même de relayer efficacement ses intentions, de se les approprier pour donner vie et magnifier ses idées. Le quintet affiche une synergie qui fait plaisir à entendre, et les qualités d’expression de ses membres sont utilisées à bon escient, chacun trouvant au cœur d’un agencement orienté vers le son d’ensemble et la complémentarité des timbres des espaces propices au développement d’interventions solistes qui rendent justice au talent des musiciens. Aucun instrument n’est mis en avant, mais personne n’est sous-employé ; les solos sont courts et plein de sens, l’improvisation se mêle à l’écriture sans ruptures ni plans prémédités. Il y a du blues, dans Toxic Parasites. Du bop aussi. Un tout petit peu de free. Il y a des ballades et des invitations à la danse. Il y a de la joie, des peines, de l’amour et de la révolte. Il y a de l’engagement mais aussi de la retenue, de la technique qui devient musique, des volutes et des angles.

La beauté des thèmes et la générosité du quintet font de Toxic Parasites l’un de ces disques que l’on garde à portée de main, car son écoute est toujours réconfortante. Le concert donné au Sunside il y a quelques jours à l’occasion de la sortie de l’album confirme qu’il faut compter avec ce groupe solide et inventif, dont on espère qu’il pourra partager avec le plus grand nombre sa musique, parce que franchement, elle fait du bien.

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