03 mai 2013

Marcel et Solange - Marcel et Solange






Gabriel Lemaire : Saxophone alto, clarinette alto
Valentin Ceccaldi : Violoncelle, horizoncelle
Florian Satche : Batterie


Composé de trois membres bien obligés d’assumer leur part de responsabilité dans l’effervescence que l’on peut observer autours du Tricollectif, Marcel et Solange est un trio dont les qualités justifient leur place dans la douzième promotion de la tournée Jazz Migration portée par l’AFIJMA et la FSJ. Ce premier album éponyme nous plonge sans détour dans leur univers aussi singulier qu’enthousiasmant.

Et ça parle de quoi ce disque, alors ? Et bien ça parle d’Ernestine, de Jean-Pierre, de Joe, et aussi bien sûr de Solange, Marcel et de leur cochon Paquerette. Des personnages, donc, dont il nous appartient d’imaginer les histoires, les épisodes de vie, dans leur ferme située non loin de Bruges. On nous donne des noms, des lieux, et une belle feuille blanche pour écrire leurs aventures. Celles que la musique m’a inspirée sont somme toute relativement simples, car ce que j’entends me touche à la manière d’un regard qui ne fuit pas, d’une franche poignée demain, d’un repas simple partagé pour le plaisir du moment. Tout n’est pas rose à la ferme, donc la musique se charge de dissonances, mais c’est aussi parce qu’ils savent faire face à ces petits tracas du quotidien, à la vigueur de l’hiver et la dépense physique qu’engendre le travail du champ de patates que nos personnages savent trouver le chemin le plus court entre leurs intentions et nos émotions, leurs gestes et nos sourires. Ca parle vrai, chez Marcel et Solange, on ne fait pas de chichi. Et ce jazz vivant est, contre toute attente, un vecteur idéal pour retranscrire cette rurale vitalité.

Gabriel Lemaire, saxophoniste et clarinettiste qui nous avait déjà régalé au sein du quartet Walabix, n’est pas de ceux qui cherchent à saturer la musique. Souvent à la pointe du triangle dans son rôle de narrateur, il s’appuie sur sa sonorité chargée de souffle, pour jouer de longues notes embrumées et parfois détimbrées qu’il alterne avec des phrases tranchantes qui se départissent rarement, y compris lorsqu’il va taquiner les aigues, d’une certaine langueur. Sa voix originale s’appréhende sur la longueur, car son jeu est un cheminement, un récit que l’on absorbe à la manière d’un texte lu par un acteur talentueux, dramaturge soucieux de la justesse, jusque dans la violence de son propos (« Pâquerette »).
Valentin Ceccaldi, amène, en plus des compositions dont il est majoritairement l’auteur, des couleurs et des matières qu’il tire de son violoncelle, en alternant le pizzicato et l’archet comme autant de réminiscences de deux cultures dont il semble inondé, le jazz et la musique savante. Naissent sous ses doigts des lignes de basses solides et aventureuses, mais aussi de longs frottements impressionnistes à travers lesquels il va fondre ses notes dans celles du saxophone (« Bruges ») pour en souligner la délicatesse. Sur « Champ de patates », il tire de son instrument, en le posant sur ses genoux et en le jouant à la manière d’une harpe un motif moelleux et obsédant. Le temps d’un titre fougueux (« Solange », qui n’a pas l’air commode), puis d’un autre plus aérien (« Ernestine », qui semble plus calme bien qu’un peu tourmentée) il convoque la déesse électricité et utilise l’Horizoncelle, instrument hybride dont il tire des sons qui élargissent sa palette pourtant déjà étendue. Il assure en outre la cohésion du trio en dialoguant de façon incessante avec Gabriel Lemaire mais également avec Florian Satche, batteur/ bruiteur inspiré sachant tirer d’un set de batterie peu envahissant une multitude de couleurs. Florian Satche, c’est le genre de batteur super nerveux qui semble lutter en permanence pour accorder ses gestes à son flux d’idées. Il change souvent de baguettes, en utilise de plus ou moins fines en fonction du son qu’il recherche, il saisit des objets dont il tire des bruits qui vont grosso modo du flocon qui se pose à l’avalanche qui dégringole, il explore les moindres recoins de sa batterie à la recherche de la frappe qui viendra sublimer l’instant. Mais il n’en découle que de la diversité, et pas d’éparpillement. Car c’est en étant totalement dans la musique qu’il laisse libre court à sa fantaisie. Côté frappes, donc, ça cogne dur, mais ça caresse aussi. Ca teinte, ça bruisse, ça évoque. Ca groove, d’une certaine manière.  Tout d’ailleurs, ici, se fait d’une certaine manière. Sans manières, par contre. A la bonne franquette, avec une auge bien remplie d’émotions et de plaisir pour tout le monde. Merci bien.


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