09 mai 2013

Henri Texier Hope Quartet - At l'Improviste





Sébastien Texier : saxophone alto, clarinette, clarinette alto
François Corneloup : saxophone baryton
Henri Texier : contrebasse
Louis Moutin : batterie



Nous y étions !
C’était le 21 décembre 2011, Noël avant l’heure en somme.
La péniche l’Improviste n’avait ouvert ses portes que depuis quelques mois, et une carte blanche avait été donnée à Sébastien Texier, qui avait sur cinq dates invité des musiciens pour jouer des répertoires écrits pour l’occasion (c’est là qu’il joua pour la première fois avec le quintet qui vient de sortir le fantastique Toxic Parasites dont nous reparlerons très vite) ou déjà existants. Pour le quatrième concert de cette résidence, le saxophoniste a convié François Corneloup, Henri Texier et Louis Moutin à le retrouver sur des compositions majoritairement empruntées à l’œuvre du contrebassiste, ce qui explique que ce disque sorte sous son nom. Il parle même à propos de ce quartet d’un cadeau de son fils, puisqu’il a vu en ce groupe la formation avec laquelle il souhaitait poursuivre son aventure. Mais revenons à notre cale. On s’y bousculait et il y régnait le parfum des grands soirs, allez savoir pourquoi. Les musiciens étaient interviewés sur le pont intermédiaire, au niveau du restaurant. Il y avait parmi les spectateurs quelques têtes connues, journalistes ou musiciens. Peut être que cette atmosphère d’happening non prémédité était prémonitoire… Il se trouve que les deux sets, qui devaient initialement, en éphémères friandises, n’être goûtés que par les spectateurs, furent enregistrés, pour archive, par Denis Gambiez, qui officie derrière la console de la péniche et est donc coupable pour le bon son équilibré dont elle est envahie. A l’écoute des bandes, Henri Texier tombe d’accord avec le public présent ce soir là : c’était un de ces concerts qu’il ne faut pas laisser partir. D’où la décision de publier le second Live de sa belle carrière, 27 ans après Paris-Batignolles.

Il eut, c’est vrai, été dommage de ne pas partager avec le plus grand nombre ces versions charnues de certains des titres emblématiques du contrebassiste, tels « Desaparecido », dont le quartet délivre une interprétation pleine d’engagement, ou « Sacrifice », titre tendu et poignant qui figure régulièrement au programme de ses concerts. Parce que trois des musiciens faisaient partie du Strada Sextet, trois titres de l’album Alerte à l’eau ont également été choisis : « O Elvin », sur lequel Louis Moutin, qui mêlait ses frappes pour la toute première fois aux cordes de Texier, joue vraiment à la manière d’Elvin Jones, en poussant la musique et en l’alimentant d’une énergie continue, « Blues d’eau », dont les couleurs nostalgiques n’appartiennent qu’à leur auteur, et « SOS Mir », qui conclut le disque sur les notes déchirées de Sébastien Texier et François Corneloup. Trois compositions de Sébastien Texier viennent compléter l’ensemble, « La fin du voyage » (issu de son disque Don’t Forget You’re An Animal), « Song For Paul Motian » (celui là figure sur le nouveau !), et « Roots ».

Des titres, en somme, bien connus de ceux qui suivent ces musiciens, mais joués dans une esthétique plus sale, plus esquintée que dans leurs versions studio. Ce côté  brut est accentué par le dépouillement qui résulte de l’absence d’instrument harmonique, ce qui n’est pas une nouveauté (on se souvient des délices de cette « absence » sur Remparts d’argile, sur Respect, au sein du trio qu’il partage avec Aldo Romano et Louis Sclavis où dans la musique du spectacle L’œil de l’éléphant) mais pas une constante non plus, Henri Texier ayant durant de nombreuses années paré ses mélodies des couleurs chatoyantes du piano de Bojan Z puis de la guitare de Manu Codjia. Sébastien Texier, à l’inverse, vient seulement d’intégrer le piano dans son univers personnel en invitant Bruno Angelini à décliner ses notes en nuances au sein de son nouveau quintet. Lors de ce concert il y avait donc des compositions de l’un joués avec la formule de l’autre, ou le contraire, mais finalement on s’en fiche. Ce qui est important, pour l’heure, c’est ce Hope quartet, qui délivre une énergie propre aux concerts donnés en club, avec un son très sauvage, y compris sur les blues et les ballades. L’expressivité des musiciens n’est pas bridée par des contraintes de temps et de longs solos jalonnent les morceaux, tirant invariablement le son d’ensemble vers un bouillonnement, une tension qui dressent finalement un pont entre la dramaturgie des compositions et les élans libertaires des musiciens qui les interprètent.

Et comme, ce soir là comme beaucoup d’autres, les musiciens étaient « dedans », cela donne quelques 72 minutes de musique vivante, traversée par des solos de saxophones et de clarinette sublimes, par les longues notes élastiques de la contrebasse, qui ne boude pas son plaisir de trouver en Louis Moutin un interlocuteur de marque. Alors, pendant que tout ce petit monde s’affère, et bien nous on se délecte, parce qu’il y a  là beaucoup de sensibilité, des instants fragiles et poétiques, mais aussi de la colère, des dérapages contrôlés et une sacré envie d’en découdre, parce que continuer la lutte c’est continuer à vivre, et parce qu’à travers cet engagement entrent en résonnance les combats nécessaires, les devoirs de mémoire et les bonnes nouvelles à venir. Hope.












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