11 mars 2013

Benoît Delbecq/Fred Hersch Double Trio – Fun House






Benoît Delbecq : Piano
Fred Hersch : Piano
Jean-Jacques Avenel : Contrebasse
Mark Helias : Contrebasse
Steve Argüelles : Batterie et effets
Gerry Hemingway : Batterie


Voici un disque dont je me permets de parler avant de l’avoir (malgré de multiples écoutes) essoré jusqu’à sa dernière goutte. Pourquoi ? Et bien parcequ’il me semble que tout ce que je pourrais en dire en le maîtrisant mieux serait trop étroitement lié aux images qu’il m’inspire, et le principal intérêt de ce type de création est justement d’offrir à l’imaginaire de chacun de belles rampes de lancement, histoire d’emmener nos pensées dans ces ailleurs dont seules les grandes œuvres connaissent le chemin.

Le double trio imaginé par Benoît Delbecq fonctionne comme un véritable sextet. Et si on peut se demander comment peuvent cohabiter deux pianos, deux contrebasses et deux batteries autrement qu’au sein d’un chaos musical, Fun House apporte dix réponses qui enterrent profondément les doutes que l’on peut avoir (enfin, ceux que j’ai eu) à l’égard d’une telle formation. Les compositions, que l’on doit pour la majorité d’entre elles à Benoît Delbecq, se révèlent par petites touches, comme suggérées par l’addition des interventions pointillistes de chacun, qui sont comme les traits du croquis d’un plasticien génial qui n’aurais pas besoin de tracer sa ligne définitive tant ses crayonnés dégagent une force poétique suffisante. A cela près qu’ici, les musiciens partent d’une ligne claire et la floutent sans l’effacer. C’est pourquoi la musique paraît parfois insaisissable, mais est toujours émouvante, prenant la forme d’un entrelacs raffiné de notes qui jaillissent et se répandent comme autant de gouttes et de flammèches. Si, à défaut de partir dans tous les sens, elle exploite différentes directions, c’est aussi parcequ’à la classique interaction entre le piano, la contrebasse et la batterie s’ajoute un sens de lecture parallèle. Chacun doit composer avec le groupe mais aussi avec son « double instrumental », ce qui donne lieu à de superbes effets de surimpression, de dédoublement et de décalage auxquels les effets de Steve Argüelles apportent par moment une part de mystère supplémentaire.

Le procédé musical est d’autant plus impressionnant qu’il ne sature pas l’espace, et la musique respire perpétuellement, quelle que soit l’énergie déployée et le degré d’abstraction. Les morceaux sont souvent brumeux mais leur dimension mélodique confère à leur écoute une inattendue facilité, notre attention étant constamment maintenue par de somptueux gestes musicaux et des couleurs d’interprétation qui se déclinent en une palette de nuances qui paraît infinie, tout particulièrement au regard des contrastes générés par les jeux des pianistes, si différents dans leurs rapports à la mélodie, à la matière et à l’espace.


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