10 janvier 2013

Orioxy – The Other Strangers





Yaël Miller : Chant
Julie Campiche : Harpe, Chant
Manu Hagmann : Contrebasse
Roland Merlinc : Batterie


Après Tales, un premier disque très réussi à travers lequel le quartet nous présentait son petit monde, Orioxy revient avec un second album un peu différent mais tout aussi passionnant. Entre temps le batteur a changé et le jeu mélodique et aéré de Roland Merlinc n’est pas étranger au dépouillement minimaliste dont le groupe fait preuve tout au long des neuf compositions originales de The Other Strangers. Le groupe tout entier semble s’être recentré sur l’écriture et l’interprétation de chansons à proprement parlé, qu’elles soient instrumentales (les deux compositions de Julie Campiche) ou articulées autour de textes chantés par Yaël Miller, à qui l’on doit le reste des morceaux, dont une mise en musique de poèmes de Heinrich Heine.

Les motifs de la harpe, les lignes profondes de la contrebasse et les rythmiques épurées et majoritairement binaires de la batterie s’imbriquent et participent à l’élaboration méticuleuse de climats envoûtants qui mettent en valeur la belle voix de Yaël Miller. La place laissée par les instruments, qui se contentent de dire l’essentiel, permet à la chanteuse de donner vie à des interprétations subtiles dont la sensibilité culmine à mon sens sur les morceaux chantés en Hébreu. Julie Campiche, dans la continuité du remarquable travail effectué sur le premier album, fait naître de sa harpe des motifs répétitifs et colorés joués en accords ou arpèges. Ses notes cristallines s’émancipent durant le chorus céleste dont elle orne « Tfila/ Ben Azra », mais son approche ascétique, aux antipodes des cascades de notes auxquelles on associe trop souvent son instrument, est un élément essentiel du son d’ensemble, léger et dépaysant. Manu Hagmann et Roland Merlinc privilégient quand à eux un recours aux sons graves, le premier par l’intermédiaire de longues notes boisées et chantantes, le second par l’utilisation fréquente des toms graves de sa batterie. Tous deux joignent leurs pleins et leurs déliés pour écrire une partition rythmique mise à nue par un souci évident de minimalisme, ce qui rend d’autant plus efficace leur pulsation ondulante et régulière. La cohésion de leurs rythmes n’est pas entravée, au contraire, par les contrastes induits par leurs jeux. La batterie est souvent mélodique, narrative, et se fixe sur des temps marqués de façon carré et puissante tandis que la contrebasse est toute en rondeur, en notes traînantes qui groovent doucement. La somme de tout cela, c’est une musique unique et raffinée, qui prend le temps de se développer au sein même des morceaux, à l’image de cette rythmique qui enfle sur « We’re Done – May 21 »ou du riff de contrebasse voluptueux qui vient se poser sur le motif de harpe de « Zman » et en épouse la mélodie en la joignant au cadencement de la batterie.

The Other Strangers nous apporte la confirmation que les membres d’Orioxy ont beaucoup de choses à dire, de belles histoires à raconter. Le fait qu’ils le fassent sans effets clinquants, dans la nudité d’une narration qui se passe aisément de démonstrations instrumentales ou vocales, est une preuve, s’il en fallait une, que ce groupe atypique s’inscrit dans une démarche où seul prime le rendu collectif. Ces neuf petites pièces inclassables, délicatement ouvragées, sont autant de bonnes raisons de se plonger, ou de se replonger, dans l’univers décidément charmant d’une formation qu’il faudra continuer à suivre, et notamment sur scène.

Le détail des dates prévues est disponible sur leur site

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