15 novembre 2012

Isabelle Olivier - Dodecasongs





Isabelle Olivier : Harpe

Et, selon les titres,
Alexandra Grimal, Catherine Delaunay, David Binney, Sébastien Texier : Divers saxophones et clarinettes
Johan Renard, Didier Lockwood : Violon
Olivier Sens : Electronics
David Venitucci, Thomas Beuf: Accordéon
Tam De Villiers : Guitare
Marc Buronfosse, Eivind Opsvik, Michel Bénita: Contrebasse
Fabrice Moreau, Louis Moutin, Joe Quitzke, Tommy Crane, Peter Erskine: Batterie
Norma Winstone, Brigitte Jacquot, Monica Passos, Beñat Achiary, David Linx, Jacques Dor : Voix
+ Choeur "Les Contamines" dirigé par Annie Couture




12. Comme le nombre de mois dans l’année, comme le nombre d’heures sur le cadran. Symbole du temps qui s’écoule. 12 comme le nombre d’arrêtes qui forment les six facettes d’un cube. 12 comme le nombre de pieds d’un alexandrin. Douze chansons, donc, pour célébrer le temps (le temps passé, le bon vieux temps, le bon temps, maintenant, demain) et pour embrasser 20 ans de rencontres et ce qu’elles amènent d’émotions, de poésie et de musiques. Celle d’Isabelle Olivier est toujours en mouvement, portée par les vents.

Dodecasongs s’étend sur deux disques. Le premier, Tunes, est instrumental (si l’on fait exception d’un court texte lu par Jacques Dor sur « ET ») tandis que sur le second, Songs, sont proposées des versions chantées des mêmes  morceaux. Sur toutes ces chansons, avec ou sans paroles, défilent de nombreux musiciens parmi lesquels on retrouve certains compagnons de route ayant effectué auprès de la harpiste de nombreuses traversées. Si tous viennent d’horizons différents, ayant parfois été jusqu’à traverser l’océan pour venir s’enivrer des embruns musicaux de leur hôte, il est frappant d’entendre à quel point leurs apports se fondent dans l’univers musical d’Isabelle Olivier.

Ce grand défilé d’artistes n’est pas pour autant un faire-valoir, mais plutôt une source d’hétérogénéité qui oblige la harpiste à repenser, à chaque fois, son positionnement, son champ d’action et sa manière d’interagir. Dans ce contexte mouvant, Isabelle Olivier se réinvente perpétuellement, offrant aux musiciens autant de pistes que d’espaces. Dans l’intimité du duo, sa harpe enrobe ses partenaires d’un voile protecteur, ce qui donne à Norma Winstone, David Venitucci ou David Binney la possibilité de laisser libre cours à leur sensibilité. Ses échanges avec Olivier Sens, magicien de l'électronique, tiennent plus de la fusion de deux univers sonores, qui se complètent et se valorisent mutuellement. Le trio (avec section rythmique) place la harpe dans une position plus soliste, bien que la circulation de la musique laisse à Marc Buronfosse, que l’on retrouve avec plaisir sur de nombreux titres (associé aux excellents Fabrice Moreau ou Joe Quitzke), l’opportunité de placer, dans le morceau « Dodecasongs », un solo magnifique. Côté rythmique, deux autres binômes opèrent, chacune à deux reprises. Michel Benita et Peter Erskine sur Songs ; Eivind Opsvik et Tommy Crane sur Tunes. Cette rythmique New-Yorkaise insuffle une énergie différente, et tout aussi réjouissante, notamment lorsqu’Alexandra Grimal les rejoint le temps d’un morceau (« ET ») au cours duquel Isabelle Olivier développe un jeu bruitiste très contemporain avant de revenir à un accompagnement plus concret tandis que la saxophoniste s’envole dans un solo puissant et charnel. Soit une approche très libre de la musique en face de laquelle on peut mettre d’autres beaux moments basés sur l’écriture, notamment dans la façon dont cohabitent sur « El Kobba » le violon de Johan Renard, la guitare de Tam De Villiers, les sonorités étranges d’Olivier sens et les alliances de timbres veloutés de Catherine Delaunay et Sébastien Texier.

Et puis il y a les voix, toutes singulières, qui s’inscrivent dans l’esthétique choisie par Isabelle Olivier et prolongent sa logique aventureuse, apportant d’ici et là des influences qui participent au grand métissage. Il y a du rêve dans ces chansons, de la poésie, des sentiments. De la force, aussi.

Le disque démarre par un morceau épuré interprété en solo, et se termine par un « O Hummingbird » opulent, à l’image de cet album dont la conception a été en partie confiée, notamment pour le choix des titres et leur disposition, à Bojan Z. Entre son introduction intimiste et son bouquet final, le disque ne se dépare jamais ni de son élégance, ni de sa générosité. Au cœur de l’objet, un copieux livret (Pictures + Words) contient de superbes images que l’on doit à 12 photographes auxquels Isabelle Olivier à proposé une sorte de carte blanche, avec pour seule indication de proposer une photo prise durant un des concerts, puis une autre plus représentative de leurs travaux personnels et prise à la même période. Cela contribue à faire de disque un objet à part, riche, original et captivant.


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