31 juillet 2012

Daniel Schläppi – Essentials





Marc Copland : Piano
Daniel Schläppi : Contrebasse


On n’a pas tous les jours la chance de réaliser un rêve. Le contrebassiste Suisse Daniel Schläppi l’a fait en enregistrant un disque en duo avec Marc Copland, et il peut se targuer, au-delà du plaisir qu’il a dû prendre à partager ces instants musicaux avec le pianiste, d’avoir su aménager sa musique pour y accueillir son invité de la plus belle manière qui soit. Essentials est un disque magnifique, un duo intimiste et chaleureux où chacun laisse sa personnalité s’épanouir dans sa plus simple expression. Les deux musiciens se retrouvent sur des standards dont on imagine qu’ils sont pour l’un et l’autre une sorte de terrain de jeu sur lequel il est confortable d’évoluer. Mais loin de tout académisme, ils en délivrent des interprétations épurées et positives, se les approprient pour les faire renaître et leur donner un nouveau visage, sans fard. L’exercice est ardu car les belles versions ne manquent pas. L’angle choisi n’a pas été celui d’une dislocation des matières mélodiques, harmoniques ou rythmiques. Les thèmes sont là, respectés, amoureusement. Les soli sont très nombreux mais on sent que l’objectif n’a pas été de libérer de l’espace pour que chacun puisse « faire son jeu ». Au contraire, il s’agit d’une mise au point faite sur l’un ou l’autre, mais les deux restent dans le cadre, c’est simplement que l’exceptionnelle écoute mutuelle a permis d’augmenter la profondeur de champ. Il me paraît à la réflexion inapproprié de parler de soli, puisqu’à aucun moment le fil du dialogue n’est rompu.

Disséminés tout au long du disque, comme des respirations, des instants déconnectés, les « Essentials », formats plus courts et improvisés par Daniel Schläppi (pour le coup en solo absolu) ou par les deux musiciens sont autant de petits moments de bonheur, le contrebassiste y raconte, avec sa sonorité puissante et boisée, des histoires concises qui, au-delà de leurs qualités intrinsèques, ont l’avantage de servir de matériel liant, assurant la cohérence du programme par d’intelligents enchaînements.

Délicate et raffinée, la musique nocturne du duo, magistralement enregistrée par le magicien Gérard De Haro, se révèle à celui qui prend le temps de s’y abandonner. Qu’elle soit plus ancrée dans le Blues (« Things Ain’t Like They Used To Be », « The Face Of The Bass »), pudique et introspective (“Between Now And Then”, “The Meaning Of The Blues”, “Yesterdays”), ou chargée d’émotion comme un spiritual (“Work Song”, “My Romance”), elle reflète durant plus d’une heure la complicité de deux musiciens dont le destin a eu raison de faire croiser les chemins. Dans une totale symbiose, le bois et le cristal, les lignes épurées et les harmonies diagonales, miroitantes, se mêlent, se frôlent, s’enlacent. Daniel Schläppi a réalisé un de ses rêves, en effet. Et de quelle manière…


1 commentaire:

Pierre a dit…

Bonjour,
Je viens de tomber par hasard sur votre blog mais y a t il véritablement un hasard quand on cherche? Et j'ai écouté ce disque il y a déjà quelques temps et j'ai éprouvé exactement la même chose. De plus les disques Piano-Contrebasse ne sont pas si rares. Certains titres m'ont fait aussi pensé à des hommages d'enregistrements précédents comme ceux bien entendu de Duke et Blanton ou Duke et Ray Brown ou encore du duo imaginaire comme Bille Evans Scott Lafaro malheureusement inexistant. Plus que de l'innovation ici je crois que l'on peut parler de sincérité du propos et de plaisir.
Pierre Gros