10 juin 2012

Drifting Box Celebration





Clément Gibert: Clarinettes, Saxophones
Franck Pilandon: Saxophones
Alexandre Peronny: Violoncelle
Stéphane Arbon: Contrebasse
Sylvain Marty: Batterie, Compositions


Extérieur:

Deux personnages inquiétants, bizarrement déguisés, immobile (par opposition au titre, qui suggère le mouvement) sur une photo en noir et beige. Cette photo pourrait être ancienne, mais évoque plutôt une certaine forme de dépravation moderne. Celle que l’on imagine exister dans les fêtes du désert. Et trois mots: Drifting / Box / Celebration. 3 mots pour un nom de groupe, un titre d’album, et 13 morceaux, les 11 premiers du disque étant des petits mouvements s’inscrivant dans une longue suite appelée « Drifting », qui précède les deux derniers morceaux du projet: « Box » et « Celebration ». Nous voici intrigués. Les pistes sont brouillées avant même la première écoute.

Intérieur:

Une heure de musique mouvante, chaleureuse et totalement actuelle. Désolé de casser le suspense.
Une évidence, aussi: Sylvain Marty est audacieux dans ses choix. L’esthétique et l’architecture du présent disque trahissent une farouche volonté de surprendre, ce que le groupe fait de bout en bout, en enchaînant des phases de jeu inattendues qui mettent en relief tant l’écriture que la spontanéité des musiciens. La longue suite « Drifting » est morcelée en 11 mouvements assez courts dont l’intensité varie au gré de l’élan insufflé par une formation à géographie variable.

Dès l’ouverture, le groupe impose une identité sonore marquée par la couleur de la section rythmique (contrebasse puissante et boisée, batterie matte), les traits d’archet d’Alexandre Peronny, qui viennent s’accoler à la clarinette de Clément Gibert, et la puissance contenue du saxophone de Franck Pilandon, qui grogne et sort ses griffes tout en gardant ses distances avec l’auditeur. Tout au long de la suite, les instruments apparaissent et disparaissent pour générer des contrastes et redistribuer les rôles. Ainsi, sur les parties n°3 et 4, une curieuse danse s’articule autours de la contrebasse de Stéphane Arbon, qui, en bon pilier central, combine les fonctions rythmiques et mélodiques (avec le soutient pertinent de Peronny) pour permettre aux soufflants de répandre leurs jeux en volutes discrètes parsemées ici et là, avant que ceux-ci ne s’appuient, dans la cinquième partie, sur une batterie presque oppressante pour lâcher prise et laisser libre cours à leurs fulgurance free, éraillées, déraillées, mais émaillées d’un lyrisme sombre. Cette décharge d’énergie se voit tempérée par un dialogue poétique entre la contrebasse et le violoncelle, puis par une courte histoire contée à même les fûts. La huitième partie voit le groove faire son grand retour, avec une musicalité âpre mais entraînante, cassée par un retour à l’abandon, puis par le développement minimal et bruitiste d’une poésie qui s’imprime en clair-obscur, à la fois caressante mais un peu dérangeante aussi. La suite se clôture par une courte pièce ou chacun semble retrouver sa place, après les éclatements incessants vécus pendant une petite demi-heure.

Si la musique conserve la même plastique sur les deux derniers titres, le format différent (tout particulièrement sur « Box »), permet au groupe de s’exprimer avec plus d’interactions et d’élans personnels. Les chorus y sont plus longs, le jeu collectif lâché dans un contexte qui subit moins les jalons de l’écriture. Soit une autre facette qui s’inscrit avec cohérence dans la continuité de la première, d’autant que l’on retrouve dans ce long titre des passages arrangés pour que ressortent des alliages de timbres et de textures inattendus.

Drifting Box Celebration est un projet réfléchit et aboutit, donc, porté par de belles qualités individuelles et collectives. C’est drôle, mais maintenant je les trouve plutôt sympathiques, les deux gugus de la pochette…
Vous pouvez faire l’acquisition, pour un prix très raisonnable, de ce beau disque sur le site du collectif Musique en Friche. A vous de jouer.

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