26 juin 2012

Christophe Marguet Résistance Poétique Quintet - Pulsion




Sébastien Texier : Saxophone alto, clarinette, clarinette alto
Jean-Charles Richard : Saxophones soprano et baryton, flûte Bansuri (sur le DVD)
Bruno Angelini : Piano
Mauro Gargano : Contrebasse
Christophe Marguet : Batterie, compositions


En 2010, à l’occasion de la sortie du très beau Buscando la luz (également sur le label Abalone), nous avions rencontré Christophe Marguet. Durant cet entretien, il avait évoqué deux projets, un nouveau répertoire pour son groupe Résistance Poétique devenu quintet, et une création Franco-Américaine, le sextet Constellation dont les premières prestations ont enthousiasmé ceux qui ont eu la chance d’y assister, notamment lors du festival Jazz sous les pommiers. Nous y reviendrons. Cela fait donc plus de deux ans que ces projets murissent dans l’esprit du batteur comme le bon vin vieillit en fut. Le présent disque/DVD, grand cru fruité et puissant, en atteste.

Cela fait (déjà !) 16 ans que Christophe Marguet met en musique ses résistances poétiques, chants d’amour et de rage, manifestes engagés au sein desquels les plus belles mélodies se fondent dans un jeu collectif aiguisé sur lequel soufflent les vents tumultueux de l’improvisation. D’abord nom d’album puis nom de formation depuis la sortie de Itrane, le groupe, dès lors enrichit d’une dimension harmonique sous les doigts de Bruno Angelini, se fixe, et s’attache à rendre son jeu plus compact, plus serré, plus incisif parfois. Durant cette période, l’indisponibilité de Sébastien Texier pour certains concerts a amené le batteur à inviter Jean-Charles Richard, ses saxophones, ses flûtes et sa fantaisie inspirée. Le courant passe, et l’idée vient d’associer les deux saxophonistes. Riche idée car leur complémentarité saute aux oreilles, tant au niveau du son (tous les deux sont poly-instrumentistes, mais jouent des instruments aux registres et couleurs différentes) que de leur identité musicale. D’autant que l’on connaît la propension, entre autres qualités, qu’a Sébastien Texier pour mêler son jeu à celui de saxophonistes puissants (Daniel Erdmann au sein du groupe Wared d’Edouard Bineau, Francesco Bearzatti dans le Nord-Sud Quintet d’Henri Texier, François Corneloup…) et en profiter pour exacerber sa sensibilité. Au saxophone soprano comme au baryton, Jean-Charles Richard apporte un éclairage nouveau mais aussi de la fougue, et les solos ébouriffants, en déluge de notes braisées, qu'il joue ici et là contrastent avec le phrasé en volutes lyriques de Sébastien Texier. Après avoir ajouté l’harmonie, Christophe Marguet double les voix… et multiplie les voies, creusant encore un peu plus profond la terre fertile de son écriture.

Lors d’un concert donné en quartet dans un club parisien, le batteur expliquait avoir intitulé le second titre du précédent album « Enfin ! » pour symboliser sa satisfaction d’avoir [enfin] composé un titre rapide… Et bien ceux qui parmi vous connaissent bien l’univers du musicien constateront que le répertoire de Pulsion évolue plus dans ce registre, la musique n’ayant rien perdu, au contraire, de sa dimension lyrique et évocatrice. C’est simplement que des titres comme « Wasini Sunset », « Tiny Feet Dance », « San Francisco » (propulsé par Bruno Angelini, qui délivre sur ce titre un solo magistral) ou le sublime « Amboseli » dégagent une irrésistible atmosphère positive. A côté de ces titres enlevés, des pièces plus posées font respirer l’ensemble. Ainsi l’album démarre en apesanteur avec « Esperanto », titre lancinant qui nous ouvre les portes de l’univers du groupe, puis est jalonné par de beaux moments poétiques comme « Coral Spirit », marqué par une légère tension caractéristique des ambiances qu’affectionne le batteur ou « Le repère », que Mauro Gargano porte à bout de bras, y déployant un jeu dont l’amplitude lui octroie la double fonction de voix et d’ossature rythmique. Il joue la mélodie, suggère l’harmonie, tient impeccablement son rôle rythmique, avec le soutient bienveillant de Christophe Marguet, qui s’efface comme pour mieux profiter de son propre spectacle. Interprété dans l’épure, le morceau est magnifié lorsque le groupe y appose, comme une évidence, un magnifique thème joué à l’unisson par les deux saxophonistes. Au centre de l’album, « Noces » bénéficie d’une construction originale puisque s’y succèdent une première partie très ancrée dans le sol exclusivement jouée par Christophe Marguet et Mauro Gargano, une seconde, beaucoup plus aérienne, durant laquelle le piano de Bruno Angelini et le saxophone alto de Sébastien Texier jouent à se voler après, puis une troisième ou le groupe, réunifié accueille la voix de Jean-Charles Richard pour un final qui s’articule autours d’un thème simplement beau.

 On en vient à se demander si le titre du disque fait allusion à la dynamique musicale ou à l’envie, aux battements de cœur. C’est un peu tout ça à la fois, finalement, puisque la musique nous saisit le corps et l’âme par son déluge de mouvements et de pensées, d’actes et d’images, de résistances et de poésies. Le répertoire tout entier est magnifique, chaque titre bénéficie d'une écriture soignée, tant sur l'aspect mélodique que sur la mise en perspective des thèmes (notamment par la diversité des rythmes-pulsations-pulsions proposés et le remarquable travail harmonique de Bruno Angelini) et l’implication des musiciens, tous leaders passionnants en d’autres occasions, est palpable dans le jeu collectif comme dans leurs interventions solistes, sur disque comme sur scène. Il s’agit d’un vrai beau groupe qui commence à avoir sa petite histoire, et la complicité, musicale et humaine, des cinq musiciens représente à n’en pas douter un ingrédient important de cette réussite puisque c’est au cœur de ce jeu partagé que les chorus trouvent un terreau favorable, comme l’épice relève un plat. 

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, le présent disque est accompagné d’un DVD qui nous permet d’apprécier l’énergie déployée en live à travers la captation d’un concert donné au festival Jazzdor en 2010. Les titres qui y sont joués sont ceux du disque, excepté « Esperanto » qui cède sa place au « Enfin ! » dont il était question un peu plus haut. Je vous laisse le soin de vous adonner au petit exercice de comparaison, mais retenons le talent de Christophe Marguet et ses copains pour faire vivre leurs morceaux en les développant avec des intentions renouvelées, comme le montre la transformation subie par le titre « Noces », dont l’architecture a été totalement repensée entre ce concert et l’enregistrement. Sur scène, les formats sont un peu plus longs et les solistes plus incisifs, puisque le contexte s’y prête. La longue et puissante introduction du batteur sur « Tiny Feet Dance » peut à elle seule illustrer la générosité dont ils savent faire preuve devant leur public. Les heureux spectateurs du concert organisé à l’occasion de la sortie de ce disque, au Studio de l’Ermitage, peuvent en témoigner.

Les 11 et 12 novembre 2011, juste avant de passer en studio pour graver dans le marbre cette musique absolument magnifique, le quintet finissait de se rôder sur la scène de l’Improviste. J’ai rapporté de ce concert quelques images. Les plus belles dans ma mémoire, et quelques autres ici :










































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