12 mai 2012

If Duo – « Songs Volume 2 »




Giovanni Falzone : Trompette

Bruno Angelini : Piano, compositions




Cela fait au moins six ans que Bruno Angelini et Giovanni Falzone se côtoient assidûment. Un bref coup d’œil sur le site du pianiste nous donne des traces de cette collaboration datées de 2006, période au cours de laquelle le pianiste jouait également dans l’European Ensemble du trompettiste italien. Dans leur dialogue au long cours, ils s’arrêtent pour la seconde fois en studio pour y graver quelques Songs supplémentaires. Si Giovanni Falzone s’était acquitté du travail d’écriture dans le premier volet, ce Volume 2 est entièrement composé par le pianiste. La démarche est intéressante puisque l’univers de chacun est désormais porteur de l’esthétique façonnée par la complémentarité des deux personnalités. On peut supposer qu’humainement, les deux s’entendent (comment et pourquoi passer tant de temps ensemble sinon ?), mais les deux albums sont avant tout de beaux témoignages d’une complicité musicale totale. L’un ne va pas sans l’autre, me direz-vous. Il n’empêche que les deux musiciens laissent leur jeu s’épanouir sans concessions ni artifices, dans le respect de l’autre, avec une envie manifeste de le mettre en valeur et d’enrichir son propre discours par ce biais. Une association fructueuse, donc.


Il suffit pour s’en convaincre (si besoin est) de s’abandonner à l’écoute des huit titres qui composent ce nouveau recueil. On y retrouve le mélange de nostalgie et d’espièglerie qui caractérisait le Volume 1, tout comme le lyrisme romantique et accidenté dont sait faire preuve le pianiste, ici dans un contexte (sans rythmique) relativement proche du récent et magnifique Move Is gravé avec Thierry Peala et Francesco Bearzatti (lui-même employeur de Falzone dans son Tinissima Quartet). L’évocation de ces différentes formations ne me semble pas dénuée de sens car à force de jouer les uns avec les autres, les musiciens d’une même « famille » finissent inéluctablement par jeter des ponts entre les différents projets, par capitaliser non pas sur de l’existant mais sur du vécu, sur la possibilité de continuer à faire vivre et fructifier de si beaux échanges tout en proposant des versions alternatives de titres que l’on prend un plaisir manifeste à redécouvrir. Ainsi en va-t-il de la superbe version de « Il Fanfarone », titre que Bruno Angelini avait apporté pour le projet Move Is. Ici, le thème est pris sur un tempo plus rapide qui permet à Falzone, dont la sonorité est délicieusement acidulée par une sourdine, de s’amuser à papillonner autours du thème avec une gouaille qui colle au personnage. Après moult détours et improvisations parallèles, la trompette s’efface pour laisser le piano réexposer le thème sur un tempo beaucoup plus lent, passage aérien et poétique qui renouvelle totalement le plaisir d’écoute.


L’album dans sa globalité est construit comme un cheminement. Il s’ouvre par « La vie est un mensonge », morceau d’une grande originalité caractérisé par le contraste entre d’un côté un piano narratif et relativement grave, et de l’autre une trompette théâtrale, faussement joyeuse, utilisée/détournée pour en faire jaillir des éclats de voix, des souffles rauques ou des notes flûtées. Contraste qui peut renvoyer, du moins c’est comme ça que je comprends le morceau, à celui qui cache ses doutes ou ses peines derrière une jovialité feinte. Contradiction terriblement humaine. Si tout un chacun peut ou doit parfois s’adonner à cette étrange schizophrénie, le titre de clôture, « La vie est un songe », improvisé, renvoie quand à lui à l’honnêteté du rêveur qui laisse sa pensée faire son chemin sans se soucier du regard des autres. Entre temps, des thèmes lourds de sens seront évoqués par le duo. On sait Bruno Angelini concerné, attentif aux (belles) choses de la vie. Vous vous souvenez de son superbe Sweet Raws Suite Et Cetaera… ? Si oui, les titres des morceaux du présent disque ne vous surprendrons sûrement pas. La profondeur de leur musique non plus. On ressent dans la musique du duo la double volonté du résultat esthétique et du message. La plupart des morceaux sont empreints de ce mélange de beauté et de force, et les mouvements nous font passer du lyrisme à la percussion, sans que l’un ou l’autre ne soient mis en opposition. A côté de morceaux puissants comme « Deontologie Blues » ou « Revolutions ? » (modèle de tension musicale traitée par la couleur puis par le rythme), de très beaux moments poétiques et sensibles parsèment cet album, et « A Place – Zen », « Solange 2011 » ou le sublime « L’indispensable liberté » sont illuminés par les facilités mélodiques des deux musiciens et la finesse de l’entremêlement de leurs jeux.

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