28 février 2012

Maria Laura Baccarini - Furrow



Maria Laura Baccarini : Voix

Régis Huby : Violon

Roland Pinsard : Clarinette

Olivier Benoît : Guitare

Guillaume Séguron : Contrebasse, Basse

Eric Echampard : Batterie

Sylvain Thévenard : Electronics sur « Ev’ry Time We Say Goodbye”



Le Jazz, couleur sépia, a connu quelques énergumènes qui ont transformé en or toutes les notes qu’ils ont joué, gravant sur microsillon des chansons que l’on nomme aujourd’hui standards parcequ’elles sont si belles que tout le monde s’y retrouve. Parmi ces créateurs de génie, Cole Porter ne fut pas des moindres.


Chacune de des chansons qui composent Furrow ont été déclinées des centaines de fois par les plus grandes voix du Jazz, d’Ella Fitzgerald à Frank Sinatra en passant par Billie Holiday, Blossom Dearie, Peggy Lee, Anita O'Day ou Helen Merrill, ainsi que par un grand nombre de géants du jazz instrumental (Paul desmond, Oscar Peterson, Django Reinhardt, Stan Getz, Sonny Rollins...). En proposer une vision neuve était une tâche difficile, dont s’acquittent Maria Laura Baccarini et le groupe de Régis Huby avec un panache monstre. Dynamitées par les arrangements très rock du violoniste, les chansons intemporelles font peau neuve, sans se départir du charme dû à leurs mélodies. Le travail de réappropriation ne s’est pas fait sur les mélodies, respectées, mais sur leur habillage. On reconnaît d’ailleurs la patte du violoniste, et ceux qui ont eu la bonne idée de goûter aux plaisirs du récent et délicieux « All Around » ne seront pas dépaysés, encore que… Les accents rocks sont ici plus marqués et le groupe, propulsé par l’énergie insufflée par Eric Echampard et Guillaume Séguron, développe un son à la fois limpide et fouillé qui sert une musique qui évolue entre pop, rock et jazz, émaillée de phrases aux accents celtiques qui caractérisent les arrangements du violoniste. Les alliances de timbre sont sublimes, et les sonorités satinées des violons et clarinettes contrastent avec les riffs acidulés et les parties hallucinées d’Olivier Benoît, artisan du son singulier et passionnant. Son amour pour le travail du son est d’ailleurs à l’origine d’un disque solo surprenant et grisant (Serendipity), sur lequel le guitariste effectue un travail sur la note, et non sur la phrase. On retrouve ici cette approche, bien que le résultat soit plus tangible, sur la longue partie instrumentale qui s’étend sur les 4 dernières minutes de « I Get A Kick Out You ».


Sur « One Of Those Things », les riffs de guitare se multiplient, parfois doublés par le violon, tandis que la clarinette basse de Roland Pinsard apporte un souffle, une rugosité à ce titre aux arrangements pop très réussis. De pop il est également question pour la reprise de « My Heart Belongs To Daddy », replacée dans une ambiance hypnotique qui n’est pas sans rappeler le groupe Pinback. « So In Love » démarre comme une ballade de jazz et plonge au fur et à mesure dans un trip sonique, avec une pulsation qui s’épaissit, une guitare qui se fait plus mordante tandis que le violon et la clarinette ponctuent. Puis la douceur revient, et l’on profite à nouveau de la très jolie sonorité globale d’Eric Echampard, de son jeu de balais hypnotique, de sa cymbale cloutée qui s’étale, contrastant avec le jeu assez sec du batteur. Chaque titre représente une bonne raison de se plonger à corps perdu dans cet ambitieux projet, jusqu’au classique « Ev’ry time We Say Goodbye », baigné ici des electronics de Sylvain Thévenard, par ailleurs ingénieur du son pour cette session.




Le répertoire de Cole Porter est un terrain de jeu fantastique pour Maria Laura Baccarini, qui vient du Music Hall (ou en tous cas y a fait un passage remarqué). Elle fait preuve tout au long du disque d’une verve qui ne peut laisser indifférent. Avec espièglerie, elle grave en toute décontraction des interprétations décalées et propose sa propre vision de ces chansons intemporelles, y greffant des passages personnels, comme le pont de « I’ve Got You Under My Skin » au cours duquel elle appuie son chant sur de lourds accords de guitare et une rythmique en béton. Sur « It’s De Lovely », les overdubs lui permettent de poser une partie vocale dont le charme évoque les groupes vocaux des années 40 (on pense aux Andrews Sisters, le temps de quelques secondes). Si la maîtrise technique est encore une fois bluffante, c’est avant tout le feeling de la dame qui nous emporte. Elle réussit à faire le lien entre ces mélodies connues de tous et ces arrangements constamment surprenants, sans que jamais l’on ne sente d’incohérence entre deux mondes qui se rejoignent en son chant. Maria Laura Baccarini est une chanteuse de Music Hall, une chanteuse de Jazz, une chanteuse de Rock. Il y a tout ça dans ce « Furrow », l’énergie, la tendresse, l’humour, la séduction.


Voici un disque plein de soleil que je vous recommande chaudement, pour la dame et les messieurs, pour la surprise, le plaisir et parceque les standards ne sont pas tous les jours réinventés avec autant d’intelligence.

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