10 janvier 2012

Samuel Blaser – « Consort In Motion »


Samuel Blaser : Trombone
Russ Lossing : Piano
Thomas Morgan : Contrebasse
Paul Motian : Batterie


La volonté de Samuel Blaser, à travers ce disque, a été de dresser un pont entre la double culture musicale classique et jazz qu’il doit à son cursus d’apprentissage de la musique. Consort In Motion est donc un disque sur lequel le jeune et talentueux tromboniste Suisse donne sa propre vision de morceaux que l’on doit à quelques éminents compositeurs italiens de la fin du siècle, Biagio Marini, Girolamo Frescobaldi et surtout Claudio Monteverdi. Pour ce faire, il s’est entouré d’une équipe Américaine de haut vol, en la présence du pianiste Russ Lossing, du très demandé Thomas Morgan, ainsi que de Paul Motian, avec lequel Lossing et Morgan ont eu maintes occasions de jouer. Le choix de ces musiciens n’est pas anodin et il montre la volonté de se détacher des originaux et d’en proposer des versions alternatives au sein desquelles l’improvisation tient une place déterminante.

Comme souvent (toujours), la présence de Paul Motian influe fortement sur la couleur musicale et sur l’épaisseur de la musique, l’impressionnant espace généré par la rythmique dégageant un vaste champ d’expression aux solistes. Thomas Morgan, que le batteur avait pris la bonne habitude de solliciter régulièrement (entre autres sur les magnifiques albums « On Broadway Volume 5 » et « The Windmills Of Your Mind ») s’inscrit dans sa logique musicale, privilégiant les ponctuations suspendues aux temps appuyés. Le trombone protéiforme de Samuel Blaser, bousculé par la liberté dont il jouit, s’éloigne tout au long du disque de toute forme de narration balisée. Les phrases s’en échappent, comme dotées d’une vie propre, par fragments. Le jeu du tromboniste prend tout son sens à mesure que la musique se construit, dévoilant peu à peu sa richesse. S’il est le principal soliste du disque, le tromboniste doit sans cesse composer avec les vives embardées pianistiques de Russ Lossing, architecte inspiré qui donne à la musique de curieux angles harmoniques. Souvent silencieux mais déterminant dans chacune de ses interventions, il traverse le disque avec grâce et relaye de façon très originale l’économie de moyens de la rythmique, logeant dans les aspérités de celle-ci des suites d’accords obliques couplés à de cristallins chapelets de notes.

De fait, la musique baroque nous est ici rapportée comme la lumière du soleil nous est restituée par la lune. Les formes sont moins nettes, les zones d’ombre plus nombreuses. Les couleurs vives des richesses harmoniques d’origines cèdent leur place à un nuancier de bleus qui se fondent dans l’obscurité. Les mouvements restent perceptibles mais plus difficiles à anticiper, les détails sont gommés, laissant les formes indistinctes organiser leur danse poétique. Les deux versions de « Ritornello », la première en quartet et la seconde en duo, montrent à quel point la même matière première peut être travaillée différemment, éclatée en motifs par les quatre musiciens ou subtilement remise en forme dans une courte interprétation au sein de laquelle Thomas Morgan et Samuel Blaser mêlent leurs lignes avec élégance. Nocturne et aérée, la musique de Consort In Motion reste soumise aux élans dus à l’improvisation (tout particulièrement dans les trois « Reflections ») et nous parvient par vagues, jusqu’à nous submerger.


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