12 décembre 2011

Sébastien Lovato Chamber Quintet - "Tango Sketches"


Sébastien Lovato: Piano, compositions & arrangements
Gilles Normand : Basse acoustique
Stéphane Lahaye : Guitare
Lionel Dublanchet : Saxophone Alto
Philippe Henri-Briegh : Violon alto, Clarinette

Ce “Tango Sketches” du Chamber quintet de Sébastien Lovato constitue une belle surprise et un grand bol d’air frais. En développant un répertoire à partir du tango, style musical relativement peu exploité par les musiciens de jazz, il trouve une occasion idéale de mettre en exergue son lyrisme ainsi que celui des musiciens remarquables dont il a su s’entourer. Certes, le pianiste n’évolue pas que dans la sphère du jazz, et ce disque, qui est en fait une réédition de son premier projet en tant que leader, montre une fois de plus que le monsieur ne tiens pas à être rangé dans une case. C’est tout à son honneur et tant mieux pour nous, car c’est en grande partie parce qu’elle est riche de ses mélanges que cette musique nous touche.

Le piano tient une place centrale dans ces huit compositions et fait le lien entre la basse acoustique de Gilles Normand, la guitare soyeuse de Stéphane Lahaye et les deux « voix », Philippe Henri-Briegh et Lionel Dublanchet, dont les sonorités complémentaires se mêlent à merveille. Les tangos, pleins de douceur, ne tournent jamais le dos aux musiques d’Amérique du nord et nombreuses sont les notes bleutées (écoutez la belle introduction en piano solo ou le chorus de saxophone du « Tango 6 »), mais se nourrissent aussi d’influence classiques ou folkloriques. Sur le « Tango 10 », Philippe Henri-Briegh troque son violon alto contre une clarinette dont il tire des accents klezmer qui colorent une intervention vive et inventive.

La délicatesse du jeu de chacun et la mise en place intelligemment pensée par Sébastien Lovato confèrent à ce disque une légèreté, une souplesse toute particulière. Constamment agréable, la musique met tour à tour en avant chaque instrument, et ceux-ci se passent le relais avec naturel, apportant un éclairage nouveau au morceau à chaque prise de parole. Les lignes mélodiques se déploient en volutes en suivants les courbes des compositions finement ciselées du pianiste tandis que les instruments non-solistes se greffent au piano pour en vivifier l’éclat, doubler la main gauche ou décliner en arpèges cristallins sa partie d’accompagnement. L’album est en outre imprégnée de cette ambiance à mi-chemin entre la joie et la nostalgie qui caractérise cette forme musicale. Ce sentiment d’optimisme relatif, que les musiques traditionnelles d’Amérique du sud partagent avec les folklores des pays de l’Est, offre aux musiciens la possibilité de donner à leurs interventions des couleurs plus ou moins vives, d’étendre et nuancer le registre de leurs émotions. De fait, lorsque le soliste change, le morceau tout entier peut s’en trouver modifié, comme un instant de la vie peut à la fois paraître difficile ou réjouissant. Par bon goût, les musiciens naviguent ici entre les deux, et laissent lors de leurs improvisations la porte ouverte à toutes les émotions.

Ce très beau disque, que je vous recommande chaudement, est d’ores et déjà disponible sur les sites de téléchargement légal (amazon, qobuz…).

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