31 août 2011

Olivier Calmel Electro Couac – « Sha-Docks »





Christophe Panzani : Saxophones Soprano et Tenor
Frédéric Eymard : Violon Alto
Olivier Calmel : Piano et Claviers
Bruno Schorp : Contrebasse et Basse
Frédéric Delestre : Batterie
Vincent Peirani : Accordéon sur Z Trail OMT
Jean Wellers : Contrebasse sur Z Trail OMT
Rémi Merlet : Percussions sur Z Trail OMT
Karl Jannuska : Batterie sur Z Trail OMT


C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai parcouru, reparcouru et parcours encore « Sha-Docks », le nouveau disque d’Olivier Calmel. Délivrant un jazz énergique et sensible, gorgé de groove et sur lequel les vents des Balkans déposent un souffle revigorant, le pianiste et ses compères visent juste et touchent l’auditeur, l’emportent dans leurs élans mélodiques comme dans leurs structures rythmiques chaleureuses.

La complémentarité des titres qui invitent au songe ou à la danse (aux deux, parfois) assure une dynamique des plus agréables, avec beaucoup de temps forts ponctués de respirations poétiques. Ainsi, trois titres joués en solo (« Prologue en forme de prélude »), duo (le très beau « Mistery Tatto Shadocks » au cours duquel Olivier Calmel gratte les cordes de son piano et en frappe le coffre pour ponctuer, soutenir ou mettre en exergue une magnifique partie de violon alto, à la lisière du jazz et des musiques folkloriques – l’audace de l’un et l’ancrage dans la tradition de l’autre) ou quintet (« Résonnances », dans lequel Bruno Schorp s’illustre à l’archet, avec un soutient tout en finesse des autres musiciens, soutient dont on retiendra l’élégance des alliances de timbre du violon et du saxophone ainsi que le jeu de cymbales raffiné de Frédéric Delestre) aèrent un contenu assez dense. La qualité de l’écriture est à mettre au crédit du leader, qui propose un répertoire varié et de haute tenue, au fort potentiel de réécoute. Au fil du temps, les thèmes nous deviennent familiers et l’on prend un plaisir croissant à se laisser porter par les grooves puissants distillés par une section rythmique précise et inventive, par les échappées belles des talentueux Frédéric Eymard (dont la sonorité sableuse faussement fragile n’est pas étrangère à la couleur de l’album) et Christophe Panzani, qui était invité sur quelques titres du précédent album du pianiste (le très beau Empreintes) et qui trouve naturellement sa place au sein du quintet. Les soli profondément lyriques du saxophoniste (tout particulièrement au saxophone soprano) donnent à des titres comme « Pompier pyromane », « La générosité n’attend pas » ou « Le temps du trajet » un précieux supplément d’âme.

S’il est omniprésent, le piano d’Olivier Calmel se pose plus en élément structurant qu’en instrument soliste, malgré un beau chorus dans « Shadock incandescent ». Les compositions tournent autours de motifs joués en boucles et qui deviennent souvent prétextes à de savants développements. Il suffit d’écouter l’importance que peuvent avoir les accords aussi riches qu’évidents du pianiste sur un titre comme « Le temps du trajet », leur incidence sur l’intensité de la musique, la façon dont ils propulsent le chorus de Christophe Panzani. Sous les doigts du pianiste, la musique trouve son chemin sans heurts, et les portes s’ouvrent. L’adjonction de claviers sur certains titres permet de densifier leur groove, d’autant que leur utilisation est loin d’être indigeste, petite épice funky de bon goût. L’album s’ouvre d’ailleurs sur un titre au sein duquel les claviers et bidouillages électro prennent une place plus importante (« Z Trail OMT »). Le casting y est un peu différent (on y retrouve des musiciens qui faisaient partie du quartet d’Empreintes (Karl Jannuska, Jean Wellers) ou qui y étaient invités (les excellents Vincent Peirani et Rémi Merlet). Si l’album démarre sur les chapeaux de roues avec ce morceau enlevé, il se conclue par une composition évanescente et brumeuse (« Le mot de la fin ? ») dont la forme interrogative du titre nous permet d’espérer une suite à cet opus chaudement recommandé. La musique, assurément, ne peut pas s’arrêter en si bon chemin.


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