
Fred Roudet : Trompette
Rémi Gaudillat : Trompette
Elodie Pasquier : Clarinette et clarinette basse
Damien Sabatier : Saxophones Alto et Baryton
Philippe Gordiani : Guitare
Fred Meyer : Guitare
Benoit Keller : Contrebasse
Arnaud Laprêt : Percussions
Bruno Tocanne : Batterie
On entre dans l’univers du Libre ensemble comme dans une grande maison marquée par le passage des amis et des membres de
La musique prend ainsi naissance, du moins c’est comme cela que je perçois la chose, dans le grand espace entouré de tous ces apports musicaux. Dans cet espace se fondent, s’imbriquent des cuivres dont les arrangements donnent une impression de volume sur les thèmes écrits et un sentiment de nombre dans les improvisations collectives, des guitares qui savent se faire tranchantes ou discrètes, ainsi qu’ une rythmique d’acier au sein de laquelle les lignes solides de Benoit Keller donnent une assise aux polyrythmies de Bruno Tocanne et Arnaud Leprêt. Mais surtout, c’est le contraste entre l’impétuosité du jeu spontané (la notion de liberté collective vaut aussi bien pour les couleurs musicales personnelles que pour l’absence audible de schémas trop structurants) et la rigueur d’une écriture elle aussi plurielle qui donne à cet album son caractère et sa grande originalité. Chaque pièce bénéficie d’une ambiance et d’une architecture recherchée. Les soli s’échappent d’une masse sonore souvent compacte, dévoilant l’éventail impressionnant de nuances de l’orchestre. Développés de façon intimistes (comme sur le titre « Bruno Rubato », où le groupe s’efface à plusieurs reprises pour permettre à la batterie de Bruno Tocanne de duettiser avec une guitare ou la clarinette basse inspirée de Elodie Pasquier, ou comme les échanges flottants des deux guitaristes sur « La révolte des Canuts ») ou collective (il y a de l’activité derrière les guitares saturées sur « La Foley », et ça ferraille sec sur « Free for Ornette ! »), les chorus apportent une réelle fantaisie dans l’interprétation des pièces.
Entre joie de vivre et joie de jouer, l’engagement des neuf musiciens est total, et le message du Libre ensemble clairement exprimé par le nom même du groupe et de leur album, mais aussi par les thèmes choisis pour les titres. Le point commun entre Ornette Coleman, les fabricants de soie Lyonnais et les déportés ? Une soif d’exister, sans grillages. Alors le Libre ensemble la gueule, sa soif de liberté. Et cette rage donne naissance à une œuvre passionnante, éclectique mais cohérente, une œuvre où l’énergie rock et l’abstraction font bon ménage, où de délicieuses mélodies sont interprétées et habillées avec la flexibilité d’une petite formation et la force de frappe d’un grand orchestre. Ce disque jubilatoire, s’il est difficile à décrire en quelques mots, s’écoute et se réécoute avec une étonnante facilité. Il y a de la place pour vous dans la grande maison conviviale. Venez-y quand vous voulez, la clé est sous le paillasson.
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