28 avril 2011

Les défrichés - "Treize à table"




Stéphane Arbon : Compositions, Arrangements et Direction
Julie Goudot : Flûte Piccolo
Yann Le Glaz : Saxophone Soprano
Clément Gibert : Saxophone Alto
Franck Pilandon : Saxophone Tenor
François Arbon : Saxophone Basse
Nicolas Souchal : Trompette
Didiet Audinet : Trompette et Bugle
David Audinet : Trombone
Michel Barbier : Trombone
Félix Gibert : Trombone et Soubassophone
Fabien Thomas : Tuba
Sylvain Marty : Batterie


Pour les Défrichés, Stéphane Arbon s’occupe de l’écriture et de la direction d’orchestre. Ailleurs, il est contrebassiste et cela s’entend car cette fanfare développe un son dense et consistant, avec un beau travail sur les alliances de timbres qui donne naissance à des masses sonores qui fonctionnent par strates, se superposent et s’emboîtent dans un souci constant de lisibilité. L’orchestre, dont la large tessiture (du pachyderme à l’oiseau) permet d’installer des rythmiques solides et de mettre en exergue des lignes mélodiques, bénéficie d’un répertoire qui fait la part belle aux sonorités médiums, utilisées judicieusement pour faire vivre les compositions autrement que par de longs monologue des solistes. Le passage sur support phonographique est donc tout à fait légitime pour cette fanfare de rue qui propose plus que de la simple bonne humeur. Ici les climats sont variés et les influences multiples, l’architecture des morceaux est ciselée et les bonnes idées ne manquent pas. Un exemple ? L’inversion des rôles rythmiques et mélodiques entre les instruments au registre grave et les instruments au registre aigu sur « Danse pour M.G. ». Joli tour de passe-passe qui donne au morceau un sacré cachet.

Cette exploitation judicieuse de la palette de couleurs de la formation permet la mise en place de parties dont la dimension orchestrale, pleine de chaleur, contraste avec des parties beaucoup plus aérées, voire bruitistes. Eminemment collective, la musique s’enrichit d’interventions solistes de haute tenue. Ces touches personnelles contribuent à donner de la profondeur à l’ensemble, mais servent aussi à la narration. Sur « Passage dans le sentiment », l’introduction au saxophone ténor de Franck Pilandon amène le thème en douceur avant que Yann Le Glaz ne propulse le titre dans un autre champ d’expression par un solo court et intense. Sur « Chanson sans fin », un thème à tiroirs magnifiquement harmonisé porte un beau chorus de trombone. Cette mise en avant d’une voix n’est pas la seule option choisie puisque les soufflants s’adonnent parfois à d’amicales joutes dans des enchevêtrements de soli décoiffants qui apportent une indéniable énergie, comme sur « Jubilani », qui signifie, en langue Zoulou, se réjouir ou être joyeux. Ce titre n’est pas usurpé puisque le morceau (la majorité des morceaux, en fait) pourrait coller un sourire aux lèvres des plus grincheux. La jovialité ne sombre cependant jamais dans la caricature et n’exclue pas l’intelligence du propos musical. 

Quelque part entre la tradition néo-orléanaise, la puissance des marches militantes et un esthétique mélodique qui ne tourne pas le dos à la chanson Française (« Blouse rayée »), la musique des Défrichés est d’une rafraîchissante originalité. Si toutes les fanfares pouvaient véhiculer, avec autant de talent, des messages aussi positifs, je resterais peut être moins longtemps dans mon lit douillet le jour du 14 juillet… 

Treize à table ça porte bonheur, apparemment… Vivement qu’ils remettent le couvert !

Aucun commentaire: