24 mars 2011

Sébastien Llado - "Avec deux ailes"






Sébastien Llado : Trombone, Conques
Leila Olivesi : Piano, Claviers
Bruno Schorp : Contrebasse
Julie Saury : Batterie


Cela fait un moment que nous avons Sébastien Llado à l’œil. Sideman inspiré et souvent essentiel (sa récente contribution au Sextet d’Evrim Evci sur l’album « Heterotopos » en est un parfait exemple), il n’avait jusqu’à ce disque jamais fixé sa propre musique sur support phonographique. Le pas est franchi, et pas de la façon la plus évidente puisque le présent disque a été enregistré Live en une prise au Sunside. Pas le droit à l’erreur, donc, mais une possibilité de proposer d’emblée aux auditeurs une vision juste de l’énergie du groupe. Ceux parmi vous qui ont l’habitude d’aller en club savent à quel point la musique de Jazz y gagne en force, en intensité. En studio on travaille, on retravaille, on peaufine, on refait, on colle, on superpose. En live on joue et advienne que pourra.

S’il n’est pas le seul à avoir fait ce choix (Alexandra Grimal, entre autres, avait fait ce pari pour la sortie de son premier disque, « Shape », enregistré au même endroit), il fait incontestablement parti des musiciens qui réussissent leur coup en livrant brut de décoffrage l’équivalent d’un gros set de musique sans complexe, immédiate. Et ce n’est pas une surprise quand l’on connaît le parcours de ce tromboniste qui aime apporter son souffle et sa chaleur à des projets musicaux divers et variés, de Hocus Pocus à Yaël Naim en passant par Lenny Kravitz. Cet appétit de jouer sans se soucier de l’étiquette qu’on lui colle se ressent dans « Avec deux ailes » puisque le quartet passe avec naturel d’originaux en reprises, en alternant des phases de jeu intenses et des instants plus tendres, toujours avec humour et décontraction. La cohésion du groupe fait que cela fonctionne et qu’à aucun moment l’auditeur n’est amené à prendre l’éclectisme pour du hors sujet. Le plaisir qu’ils prennent à jouer ensemble est manifeste et communicatif. Le public ne s’y trompe pas, l’ambiance est au rendez-vous. Il faut dire qu’ils ont des raisons de s’enthousiasmer, ces heureux spectateurs ! Le jeu collectif est vivant, les solos intéressants et les surprises ne manquent pas. Comment ne pas succomber à l’authenticité du duo Sébastien Llado/ Leila Olivesi sur « Cette valse m’usait », jolie ballade intimiste jouée avec simplicité et émotion ? Comment ne pas se laisser embarquer par la pièce centrale, « Elan vers la Lune », sa belle introduction au piano, ses échanges sereins entre le trombone et la contrebasse, son thème qui revient entre les doigts de Bruno Schorp après un solo de Julie Saury, pour mieux céder sa place à un swing plein d’entrain? Comment résister à l’humour dont le leader fait preuve sur « La magrade », titre au cours duquel il trouve le moyen de citer Ace Of Base, La compagnie créole ou le jingle de la 20th Century Fox? Il y a dans chaque morceau un petit quelque chose qui suscite l’intérêt, comme par exemple la juxtaposition de coquillages sur « Coquillages et crustacés », le contraste entre les éléments rythmiques et mélodiques sur « L’aube des girafes », l’agréable interprétation du « Billie Jean » de Michael Jackson, le swing de « Ladies First » ou la candeur du très beau « Haut, bas : fragile », titre au cours duquel le leader donne une leçon de délicatesse sur son instrument.

Autant de raisons, et il y en a pas mal d’autres, de prendre le temps d’écouter ce disque plein de charme, avant de vous ruer au Sunside le 21 avril (l'un des concerts du Citizen Jazz Tour '11!) pour écouter in situ ce quartet, de retour dans ce grand petit club parisien pour partager de nouveau des instants chaleureux avec nous. Ah ! Une dernière chose : vous pouvez vous procurer ce disque chez Lily, ne vous en privez pas !

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