11 février 2011

Sophia Domancich – « Snakes And Ladders »


Himiko Paganotti, Robert Wyatt, John Greaves, Napoleon Maddox : Voix
Sophia Domancich : Piano, Fender Rhodes, Claviers, Samples, Compositions
Jef Morin : Guitare
Louis Winsberg : Guitare
Raphaël Marc : Samples, Electronics
Jecelyn Moze : Claviers, Batterie
Ramon Lopez : Percussions, Palmas, Chant
Simon Goubert : Balais et Cymbales




Avec son projet “Snakes And Ladders”, Sophia Domancich prend à contre-pied ceux qui attendaient d’elle une nouvelle démonstration de musique organique improvisée, domaine sur lequel amateurs et professionnels s’accordent à dire qu’elle est une des figures de proue sur la scène hexagonale, à juste titre.

Ici, point de piano volubile, d’interaction ou de composition instantanée. La pianiste virtuose et passionnante s’efface derrière l’architecte subtile et réfléchie d’une œuvre très personnelle faite de poèmes mis en musique avec un traitement minimaliste. L’utilisation, importante, du Fender Rhodes laisse planer une atmosphère mystérieuse, toile de fond ocre tachée d’éclaboussures sombres (grincement de cymbales, guitares saturées, samples) ou parsemée des paillettes d’une lumière diffractée, celle de la musicalité de la pianiste et des musiciens et vocalistes qui l’accompagnent.

Parmi eux, on retrouve plusieurs artistes avec lesquels Sophia Domancich a entretenu et entretien encore des relations privilégiées, notamment par le biais d’albums enregistrés en duo ou trio, formules intimistes par excellence. C’est le cas du chanteur John Greaves (« The Trouble With Happiness »), du joueur d’Electronics Raphaël Marc (« Lilienmund »), du batteur/percussionniste Ramon Lopez (« Flowers Trio ») ou encore du batteur Simon Goubert (« You Don’t Know What Love Is », DAG et…….tant d’autres choses). Bien sûr, ces collaborations ne sont pas isolées et les autres acteurs de ce projet ont également eu l’occasion de jouer avec la pianiste dans des contextes variés. Toujours est-il qu’elle a su s’entourer de musiciens qui la connaissent suffisamment bien pour servir cette musique pleine de pudeur avec implication et humilité.

Le résultat est captivant, mélange assumé de Pop surréaliste et de Jazz Poetry où font bon ménage sonorités organiques et électroniques.

Les voix se succèdent, inspirées, vibrantes, singulières, et nous touchent au plus profond. Dire de John Greaves et Robert Wyatt qu’ils ont l’habitude de flirter avec le Jazz serait un euphémisme. Ils trouvent dans la musique de Sophia Domancich un terreau idéal pour laisser fleurir leur art vocal singulier, force tranquille et timbre granuleux pour le premier, fragilité vaporeuse pour le second. De plus en plus présent sur les scènes Jazz d’Europe et d’Outre-Atlantique, Napoleon Maddox pose sa voix grave et profonde sur un titre étrangement obsédant (« The Island »), tandis que Ramon Lopez montre sur « Mis Manos Te Acarician » qu’il peut exprimer sa sensibilité par le chant, lui qui sait habituellement si bien traduire l’émotion par le biais des percussions. La voix féminine de l’album, Himiko Paganotti, apporte, s’il en était besoin, un supplément de douceur et d’étrangeté, notamment sur le beau titre « In The Box ».

Pour peu que l’on soit sensible à ce type de projet, ce « Snake And Ladders » s’impose comme un projet incontournable, dont la magie se dévoile doucement, au fil des écoutes. J’ai mis du temps à prendre ma plume pour vous en dire quelques mots… car j’ai mis du temps à m’approprier cette œuvre ambitieuse. C’est chose faite et je vous souhaite de vous y perdre comme je m’y suis perdu.

Aucun commentaire: