15 février 2011

Quinte & Sens - "Copeaux"


Olivier Py : Saxophones
Xavier Bornens : Trompette
Claude Whipple : Guitare
François Fuchs : Contrebasse
Aidje Tafial : Batterie

+ Matthias Mahler : Trombone
Adrien Amey : Saxophones


Je suis complètement passé à côté de ce disque au moment de sa sortie, il y a quelques mois. Heureusement, j’ai eu la bonne idée de jeter un coup d’œil au classement des 10 meilleurs disques de l’année effectué par l’avisé Franpi sur son blog, Sun Ship. Comme celui-ci est toujours de bon conseil, je me suis procuré ce « Copeaux », dont je ne savais finalement rien, si ce n’est que la musique était bonne et l’objet soigné.

Commençons par décrire cet aspect car il nous saute aux yeux dès que l’on ouvre l’enveloppe (et oui, ce fabuleux disque est auto-distribué… Je ne sais pas s’il faut s’en plaindre, car c’est peut être le prix qu’a décidé de payer le groupe pour rester librement créatif… Vaste débat !). La pochette du disque est composée de deux plaques d’acier reliées par un boulon (le mien avait visiblement eu une vie avant d’arriver là !). Entre ces deux plaques d’acier, une photo de chaque musicien du groupe, les crédits (on y apprend que cet objet est vivant et qu’il est souhaitable de le passer régulièrement à l’huile fine avec un chiffon pour éviter qu’il ne s’oxyde !), et également une des 1024 parties d’une improvisation à l’encre de 16 m2 faite pour ce disque. Chaque partie de l’œuvre est numérotée et l’heureux acquéreur de chaque disque peut (doit !) enregistrer son exemplaire sur le site http://www.copeaux.net/. On voit alors apparaître à l’écran sa pièce du puzzle. L’idée est originale et amusante, le résultat est formidable, d’autant que chaque personne qui enregistre son exemplaire peut laisser un message, la reconstitution de l’œuvre devenant ainsi un grand livre d’or.

Voilà pour le contenant. Et le contenu, alors ?
Et bien il est à la hauteur de son emballage.
Il ne faut que quelques secondes pour être assuré que ce disque n’est pas seulement destiné aux amateurs de goodies. La musique est là, chaude, forte, vive. L’auditeur est immédiatement transporté dans un tourbillon de riffs, de chorus, de lignes qui se croisent, se superposent. Le son très clair (chapeau pour l’enregistrement !) permet à l’auditeur de saisir toutes les nuances, les richesses harmoniques de Claude Whipple, les échanges passionnés d’Olivier Py et Xavier Bornens, toutes les nuances de cette section rythmique qui sait allier puissance et raffinement. Invités sur ce projet, Matthias Mahler et Adrien Amey viennent apporter ici et là un peu de chaleur supplémentaire et contribuent à rendre cette musique orchestrale en enrichissant la palette harmonique de la section de soufflants (précieux souffle à l’Alto de Adrien Amey sur « Arena », belle présence sur « La nuit du mirroir » ) ou en plaçant de judicieux contrepoints mélodiques, comme le fait le tromboniste sur « Tombés du radeau ».






Les thèmes sont marquants et le groupe impose sa marque de fabrique : les riffs sont teintés de musique Klezmer, mais débarrassés de tout folklore, la guitare insuffle une énergie Rock qui contribue largement à densifier le propos collectif et la rythmique déroule un groove appuyé. Les lignes de François Fuchs sont créatives et souvent obsédantes (écoutez es motifs de contrebasse et ses envolées mélodiques sur « Dans la boue jusqu’au cou » !), développées avec un son dont la présence fait parfois penser à une basse électrique, mais avec la chaleur boisée et les parties à l’archet qui appartiennent au gros violon. Aidje Tafial laisse transpirer dans son jeu les tourneries qu’il a eu la possibilité de rôder par le passé en jouant avec la fine fleur du Funk à la Française, et l’on sait que cette scène a compté de sacrés machines à faire danser. Son drumming puissant et précis apporte beaucoup d’assise au groupe.

Cette musique, à la fois joyeuse et narrative, riche et immédiate, représente un fabuleux tremplin pour les soli des musiciens. Ceux-ci ne se privent pas et nous gratifient tout au long du disque d’interventions individuelles de très haute volée qui s’appuient sur le jeu collectif et le nourrissent, ce qui confère à cet opus décidément incontournable une grande cohérence et une esthétique compacte, dans le sens où ça joue serré, physique. A ce titre, les chorus d’Olivier Py retiennent l’attention. Volcanique, le saxophoniste utilise son époustouflante technicité pour construire de longues phrases lumineuses. Tout aussi passionnant mais plus épuré, le jeu de Xavier Bornens se déploie en jolies arabesques cuivrées. Accompagnateur vigilant et inventif, Claude Whipple (à qui l’on doit la grande majorité du répertoire), pose à plusieurs reprises les fondements de ses chorus en amont de leur commencement. Ainsi, sur « Cléopâtre », son solo naît de la montée en puissance qu’il orchestre en soutient du solo d’Olivier Py. Sa guitare, tour à tour moelleuse et tranchante, se démarque de ce que l’on a l’habitude d’entendre et les sonorités utilisées, travaillées, colorent un phrasé raffiné et mouvant.

Plus que mes mots, un tour sur le site internet du groupe (deux titres y sont en écoute) vous convaincra sûrement qu’il ne faut surtout pas passer à côté de ce concentré d’énergie et de musicalité. Vous pourrez profiter de cette visite pour vous procurer un exemplaire unique de cette tuerie qui pèse lourd dans ma discothèque, au sens propre comme au figuré.

2 commentaires:

Claude a dit…

Merci beaucoup pour ces mots élogieux. Ca aide à croire qu'on a eu raison de se donner un peu de mal sur ce projet farfelu !
Le prochain risque d'être cocace aussi, mais il faudra qu'on vende un peu plus de Copeaux pour y arriver..!

Franpi a dit…

C'est pas faute d'avoir fait du prosélytisme, Claude ;-)