15 décembre 2010

François De Larrard - "Zoo"



François De Larrard : Piano



« Zoo » est un album dans lequel s’alternent deux types d’interprétations complémentaires. Un morceau sur deux est basé sur la description du contraste entre la captivité des animaux du Zoo et leurs rêves d’évasion, leur soif de liberté, leur instinct sauvage. Les autres titres sont quand à eux évocateurs d’une liberté absolue, celle qui est la nôtre, chanceux animaux que l’évolution à mis à l’abri de toute exploitation par d’autres espèces.

Pour évoquer la condition des animaux en cage, François De Larrard a attribué leur condition physique à sa main gauche et leurs pensées à sa main droite. Leur captivité s’illustre par des ostinatos contraignants que le pianiste s’impose (ils sont souvent tendus, envahissants) tandis que sa main droite s’attache à sortir de ce cadre étouffant, évasion mentale projetant l’auditeur dans les jungles les plus touffues, la savane écrasée de chaleur et les grands espaces dont devraient pouvoir jouir ces malheureux prisonniers. Le contraste est saisissant. Les ostinatos tournent sur eux-mêmes comme un félin faisant les cent pas tandis que le pianiste multiplie les échappées mélodiques et harmoniques de sa main libre, avec un souci narratif constant. Ainsi, les paysages qu’il dresse sont propices à la chasse, à la dépense physique, à la reproduction, et plus globalement à toutes les préoccupations légitimes des animaux sauvages. Son jeu peut alors se faire tendre comme une lionne s’occupant de ses petits, sauvage comme un tigre affamé, puissant comme un ours ou fragile comme un cervidé. Avec, toujours, l’empreinte de cette liberté chérie qui doit sa beauté aux difficultés qu’elle engendre, comme les phrases de piano trouvent leur éclat dans la sinuosité imposée par l’exercice.

Les autres titres, compositions originales ou reprises, sont comme autant de respirations, le pianiste y développant un jeu libéré. Entre deux cages, sa main gauche retrouve sa liberté et crée des espaces plus concrets (par opposition aux espaces artificiels évoqués plus haut) qui donnent à ces interprétations une légèreté bienvenue. Les lignes mélodiques se multiplient avec lisibilité et la large tessiture du Piano est exploitée avec élégance (« Rose fait des courses »), le jeu du pianiste se fait plus parcimonieux, plus aérien, comme sur la reprise intimiste du « Monk’s Mood » de Thelonious Monk, les notes sont délivrées en chapelets de perles (« Chromatodisvalsique »), en cascades cristallines (« Folk Song ») ou en salves percussives (« Portail »).

Le style personnel de François De Larrard s’affranchit de toute filiation et la diversité de ses outils (harmonies ciselées, lyrisme délicat, sens de la respiration, complémentarité rythmique de ses deux mains…) est mise au service d’un discours plein d’émotion, d’humour et de grâce.

Ce beau projet constitue la première référence du nouveau catalogue Yolk. Le label a en effet décidé de revenir à la production artisanale qui le caractérisait à ses débuts. Les disques seront désormais vendus directement aux auditeurs, via leur site internet ou différents points de vente (notamment pendant les concerts). Ils abandonnent donc la distribution de masse et se concentrent plus sur la qualité de l’objet délivré à un public fidèle et identifié.

Leurs disques se présentent maintenant sous forme de coffrets en cartons numérotés (chaque coffret est tiré à 500 exemplaires). La jolie petite boîte contient le disque, évidemment, mais aussi des éléments visuels. Dans le cas de « Zoo », il s’agit de 7 reproductions de peintures de Colette Rouillon en format carte postale (une par cage…). Une œuvre supplémentaire illustre la pochette, et elle est magnifique. A l’image du jeu de piano de François De Larrard, formes simples, lignes élégantes, couleurs bien choisies et profondeur de champ se mêlent sur ces tableaux raffinés qui flattent l’œil et nourrissent l’esprit.

Il faudra patienter jusqu’à la prochaine sortie du Label (l’album du trio explosif « Sidony Box ») pour en savoir plus sur le type de compléments envisagés. Toujours est-il qu’en soignant la présentation de ses disques-objets, le label Nantais continue de faire évoluer son offre dans une direction qui me plaît : celle de privilégier le quantitatif au qualitatif. Belle initiative. Quel plaisir d’avoir un paquet à ouvrir et des surprises à l’intérieur ! Je reste fasciné par les disques, quelle que soit leur forme, et prend toujours autant de plaisir à arracher le plastique pour découvrir ce qu’ils renferment, le disque en lui-même, mais également les photos et textes du livret. Parfois je suis comblé, parfois je suis déçu. Avec « Zoo », et les productions Yolk à venir, le plaisir débute au moment d’ouvrir la boîte… qu’il faut desceller en découpant délicatement le sticker qui en fait le tour. C’est vraiment chouette et le contenu, généreux et bien choisi, est un régal pour les yeux et les oreilles.

Un très beau disque, dans tous les sens du terme.

Je ne peux que vous inciter à vous le procurer ici :

http://www.yolkrecords.com/

Aucun commentaire: