23 novembre 2010

Paul Motian Trio 2000 + Two - "Live At The Village Vanguard Volume 3"






Chris Potter : Saxophone Tenor

Mat Maneri : Violon Alto

Masabumi Kikuchi : Piano

Larry Grenadier : Contrebasse

Paul Motian : Batterie



Il y a quelques mois seulement paraissait sur le label ECM « Lost In A Dream », également enregistré live au Village Vanguard. Paul Motian y jouait en trio avec Chris Potter et Jason Moran. Je ne me suis toujours pas remis de ce disque fantastique qui marquera de son empreinte ma petite histoire du Jazz (Merci Ricou le Grigou !).

Il faut dire, ou répéter, que j’affectionne particulièrement l’esthétique évaporée et l’étrange gravité de sa musique car elle m’emporte et me transporte, m’aide à me perdre dans mes propres rêves.

Je suis donc tout à fait partial lorsqu’il s’agit de chroniquer un disque de ce merveilleux batteur.

Partial, mais pas inconditionnel, ce qui confère à cet article, je pense, un semblant de crédibilité.

Une des choses qui me font adhérer aux projets de Paul Motian, c’est qu’il sait s’entourer de musiciens qui ne dénaturent pas sa musique. Il joue, évidemment, avec beaucoup de monde, mais à chaque fois les musiciens qu’il sollicite se fondent avec aisance dans son univers. C’est peut-être pourquoi on retrouve régulièrement les mêmes personnes sur ses disques. C’est le cas de Chris Potter et Larry Grenadier, les deux autres membres de son Trio 2000, ainsi que de Masabumi Kikushi, déjà présent sur les deux premiers Volumes de cette magnifique trilogie, sur les volumes 4 et 5 de la série « On Broadway » et avec qui il avait fondé, en compagnie de Gary Peacock, le passionnant groupe Tethered Moon (avez-vous écouté leur album de reprises de chansons d’Edith Piaf ? Si oui, vous savez à quel point leurs collaborations peuvent être magiques, sinon, je ne peux que vous inciter à le faire…). Mat Maneri figurait également au casting du second volet de ces captations live dans le temple Vanguard. Ils avaient eu par le passé de nombreuses occasions de jouer ensemble (notamment sur l’album « 2 Miles A Day » avec les excellents Jacob Sacks et Eivind Opsvik,).

Pour faire court, ce live est une réunion entre amis enregistrée, comme souvent, dans ce Club mythique ou Paul Motian accompagnait déjà Bill Evans à la fin des années cinquante. Depuis, il y est comme chez lui et ses concerts, dont on retrouve tout de même quelques traces phonographiques, font les beaux jours de cette antre et les belles nuits des spectateurs qui ont le bon goût d’y assister.

Pour le coup, on ne remarque pas de changement de cap par rapport aux deux premiers volets de ces « Live At The Village Vanguard ». Même équipe, même esprit, même magie.

Le track-listing ne compte qu’un seul standard, « And So To Sleep Again », longuement introduit par un Masabumi Kikuchi dont on retrouve avec plaisir le talent de mélodiste et les grognements caractéristiques. Il tourne amoureusement autours de la mélodie avant d’en préciser les contours. Après plus de trois minutes de poésie minimaliste, Paul Motian et ses hommes déroulent leur swing de dentelle. Les contrepoints de Mat Maneri apportent un certain romantisme à ce standard. Délicieuse entrée en matière que ce titre élégant qui amène avec douceur le public à l’orée de la musique de Motian.

Dès le second titre, « Ten », apparaissent les thèmes aux lignes brisées et obliques si chers au batteur. Toutes les compositions portent leur part de mystère et donnent aux musiciens matière à délivrer de fort belles interventions individuelles. Difficile de rester de marbre à l’écoute des soli de Chris Potter, Mat Maneri ou Masabumi Kikuchi, tous impériaux. Larry Grenadier et Paul Motian offrent à leurs partenaires une rythmique luxueuse, le premier réussissant à fondre son jeu dans celui du second, comme si son rôle était de timbrer la pulsation du batteur.

Si tous les titres sont un ravissement, l’un d’entre eux justifie à lui seul l’acquisition de ce disque : « The Hoax », pour son beau thème intelligemment harmonisé par Chris Potter et Mat Maneri, pour le solo volcanique du saxophoniste, et surtout pour l’éblouissante rythmique délivrée par un Paul Motian en apesanteur et un Larry Grenadier dont la justesse de placement et l’inventivité atteignent des sommets.

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