25 novembre 2010

Jean-Philippe Viret Trio - "Pour"






Edouard Ferlet : Piano

Jean-Philippe Viret : Contrebasse

Fabrice Moreau : Batterie



Est-il plus belle musique que celle dont la magie tient de l’intangible ?

Ceux qui, parmi vous, connaissent ce beau Trio savent à quel point leur musique sait allier un travail d’écriture irréprochable à une mise en lumières toute cinématographique, fruits d’une implication personnelle des trois hommes, tous signataires d’élégants tableaux et coloristes raffinés. Les autres ont la chance d’avoir tant de belles musiques à découvrir…

Au-delà de ce qui est d’ordre formel, il y a ce sentiment de perméabilité qui est nôtre lorsque l’on écoute « Pour ». La musique s’immisce en nous, nous pénètre par tous les pores, nous envahit. Elle est à la fois complexe et d’une grande évidence. Complexe car les subtilités harmoniques, le placement rythmique de chacun et les lignes mélodiques développées sur les trois instruments multiplient les lignes de fuite, donc les sens de lecture. D’une grande évidence puisque c’est avec simplicité qu’elle touche, en offrant à l’auditeur la possibilité d’ouvrir les vannes de son imagination, de devenir le propre illustrateur des flâneries imagées auxquelles elle invite.

Nous voici donc placés au cœur de la musique, acteurs de notre propre plaisir autant que spectateurs de l’envoûtant balai de notes perlées, textures boisées et ponctuations rythmiques faites d’effleurements ou de frappes claires.

Jean-Philippe Viret reste fidèle à l’esthétique musicale qu’il façonne depuis une dizaine d’années avec son trio. Les compositions sont souvent teintées de nostalgie, elles sont à la fois légères dans leur agencement mais lourdes de sens, propices aux développements harmoniques et à l’improvisation. Et les trois musiciens vont dans ce sens. Impeccables sur le plan de l’interprétation (leur maîtrise technique leur permet de faire sonner avec simplicité des thèmes exigeants) et totalement investis dans le processus de « création de l’instant », ils apportent tous les trois une touche particulière, immédiatement identifiable.

Edouard Ferlet, dont les arpèges s’imbriquent sous forme de cellules rythmiques et s’échappent en longues arabesques romantiques, Jean-Philippe Viret, avec ses lignes robustes et narratives, son jeu à l’archet plein de gravité, ainsi que Fabrice Moreau et son drumming perpétuellement réinventé (sur le plan rythmique comme sur la recherche de sonorités) tissent un trilogue passionnant au cours duquel chacun nourrit le discours collectif de sa poésie, de sa fantaisie, mais aussi de ses révoltes, de ses doutes.

D’où, sûrement, ces incessants aller et retour que la musique fait entre d’un côté la joie, l’optimisme, la douceur et de l’autre une certaine tension, faite d’emportement ou de mélancolie.

Comme le sourire de trois hommes préoccupés, toujours enclins à profiter pleinement des chances de la vie sans jamais oublier combien elle peut être dure.

Comme nous, face à nos réussites, nos bonheurs. Comme nous face à nos peines.

Je remercie très chaleureusement Jean-Philippe Viret, Edouard Ferlet et Fabrice Moreau de partager avec nous, et avec tant de grâce, ces instantanés sur lesquels se fondent teintes sépia, noirs et blancs contrastés et couleurs vives.

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