10 novembre 2010

Jean-Marie Machado "Danzas" - "Fiesta Nocturna"


Jocelyn Mienniel : Flûtes
Jean-Charles Richard : Saxophones Soprano et Baryton
Claus Stötter : Trompette et Bugle
Gueorgui Kornazov : Trombone
François Thuillier : Tuba
Didier Ithursarry : Accordéon
Jean-Marie Machado : Piano
Henning Sieverts : Contrebasse
François Merville : Batterie
Nicolas Larmignat : Batterie

Quelques semaines seulement après la sortie d’un sublime disque en duo avec Dave Liebman (« Eternal Moments », également chez Bee Jazz), Jean-Marie Machado nous propose de découvrir une autre facette de sa musique, moins aérienne et intime, mais plus axée sur l’écriture, sur la mise en place de climats rendus riches par une exploitation optimale de la grande diversité de timbres de cette formation.
Si la section rythmique reste classique (Piano, Contrebasse, Batterie(s)), c’est au rang des instruments à vent que l’instrumentation étonne, puisqu’aux fréquents Saxophones/Trompette/Trombone viennent s’adjoindre des instruments dont l’usage est plus confidentiel en Jazz : Flûte, Tuba et Accordéon.
La diversité des timbres et des registres permet à Jean-Marie Machado d’imaginer des arrangements aussi divers que passionnants en s’arrangeant pour que chaque membre du nonet / Tentet « Danzas » puisse être mis en valeur en tant que soliste sur au moins un titre, et que celui-ci soit porté par des riffs et des nappes joués par un orchestre dont les multiples combinaisons permettent de créer un son nouveau à chaque fois. Ainsi, chacun peu prendre le temps de développer des chorus passionnants sans avoir à endosser la responsabilité de la dynamique d’ensemble. Contrairement aux petites formations, au sein desquelles les solistes doivent occuper le terrain, cet orchestre en constante mutation donne une impression de densité, de foisonnement, qui donne au soliste la liberté de rester centré sur le développement d’un discours dont le fond n’est pas orienté par les nécessités formelles (densité, épaisseur, dynamique…).

Le tout est harmonieusement organisé autours d’un noyau rythmique que la taille de la formation n’empêche nullement de vagabonder. A commencer par le Piano du leader, volubile, plein d’énergie, de malice et de soleil. Architecte fantaisiste, Jean-Marie Machado sais imaginer des murs porteurs solides mais discrets, suffisamment épais pour que jamais l’édifice ne sois fragilisé, mais d’une esthétique si légère qu’on en oublie la présence, ne retenant de l’ensemble que l’espace dont il est envahi, espace utilisé par tous pour apporter son brin de folie à la grande fête qui y est organisée. Et de folie, sa main droite en a à revendre, notamment sur les titres les plus enlevés, où ses phrases ensoleillées semblent exploiter tous les interstices de la musique pour s’épanouir.
Il se charge d’ailleurs d’ouvrir le bal avec un beau solo sur « Tangrock » avant de laisser la main à Claus Stötter qui, sur une rythmique chantante et dansante (épatant travail de Henning Sieverts , harmonisation culottée du leader), envoie de belles phrases positives tandis que derrière lui la musique se charge de riffs énergiques.

Une large place est laissée à Didier Ithursarry sur deux titres («Cantamarruecos », qu’il se charge d’introduire avec dynamisme sur fond de riffs cuivrés, et « Little Dog Waltz », titre également présent sur le Duo avec Dave Liebman et que Jean-Marie Machado confie ici à l’accordéoniste pour une version épurée et poétique.), l’occasion pour nous de faire un peu plus connaissance avec ce musicien peu médiatisé.

Jocelyn Mienniel teinte « Paso Oscuro » de sa sonorité veloutée et aérienne. Son introduction et le solo sur lequel elle débouche caressent comme un vent tiède nocturne. Sur « Pizziche Tarantate », sa flûte se fait plus incisive, avec tout autant de pertinence.

François Thuillier fait à plusieurs reprises chanter son instrument pachydermique avec la grâce des hippopotames de Fantasia. Il épaissit avec grâce la section de soufflants de sa sonorité rauque et cuivrée (« Cantamarrueccos »).

Jean-Charles Richard, dont j’ai à plusieurs occasions souligné le talent et la folie, nous gratifie d’un chorus engagé et brûlant au soprano sur un drôle de titre inspiré d’un folklore Irlandais (« Reel ‘n’Roll ») ainsi que d’une fort belle intervention au Baryton sur « Pizziche Tarentate ».

Sur « Sarabande », un morceau calme, les nappes d’accordéon et de sublimes phrases aux harmonies subtiles portent les solos particulièrement inspirés de Claus Stötter et Gueorgui Kornazov, qui démontre une fois de plus l’étendue de son savoir-conter. Il nous livre ici avec douceur une intervention pleine d’émotions.

Henning Sieverts séduit tout au long de l’album par la mise en place de lignes qui apportent un groove certain. Sa Contrebasse s’offre un beau champ d’expression sur « Chinese Reggae », titre sur lequel il prend un chorus délicieux, à l’image de son essentielle contribution rythmique.

François Merville et Nicolas Larmignat, qui se partagent les titres et se retrouvent sur « Cantamarruecos », sont les artisans d’une pulsation franche qui dynamise la musique sans l’étouffer. Leur partie en duo sur « Cantamarrueccos » met en lumière leur sens du placement ainsi que leur faculté à écouter ce qui est joué pour y apporter l’essentiel, juste ça.

Je tenais à dire un mot sur chaque musicien car tous sont remarquables, mais on doit surtout retenir de ce disque qu’il est le fruit d’une implication collective dont il serait fastidieux (et inutile) de relever tous les détails. « Fiesta Nocturna » est une ballade au cœur des Suds rêvés, entre instants de fête et paisibles promenades nocturnes. Remercions Jean-Marie Machado et son orchestre « Danzas » de nous apporter, alors que les premiers froids et la grisaille nous attaquent, une petite heure rayonnante de chaleur et de lumière. Cela nous fait le plus grand bien.


Une petite vidéo pour vous donner une idée:





1 commentaire:

Franpi a dit…

Tiens, on écrit sur le même disque aujourd'hui ;-)