18 novembre 2010

Edouard Bineau Quartet - "Wared"



Daniel Erdmann : Saxophones Tenor et Soprano

Edouard Bineau : Piano

Gildas Boclé : Contrebasse

Arnaud Lechantre : Batterie

+ Sébastien Texier : Saxophone Alto



Il n’est pas pressé, Edouard Bineau. On compte ses albums sur les doigts d’une main, celui-ci compris, et il reste une place pour le prochain… Tant mieux. Le temps qu’il prend pour laisser ses projets mûrir a jusqu’à présent porté ses fruits. La fidélité dont il fait preuve à l’égard des musiciens qui l’accompagnent renforce cette constance et sa discographie, si on la compare à celle de la majorité de ses confrères, est d’une grande lisibilité.

Nouveau chapitre à sa belle petite histoire, ce Quartet est composé de ses complices Arnaud Lechantre et Gildas Boclé ainsi que de Daniel Erdmann, fraîchement débarqué dans l’univers tendre et fluide du pianiste. Le saxophoniste Allemand n’est pas venu les mains vides. Il a apporté avec lui un peu de rugosité, un peu d’emportement, un peu de hargne. Et beaucoup d’imagination. On aurait pu croire, sur le papier, la formation déséquilibrée. Il n’en est rien. Ce n’est pas un hasard si le pianiste a convié ce soufflant pour son nouvel opus. Car au-delà d’affinités personnelles dont je ne sais rien, il est évident à l’écoute de « Wared » que le saxophoniste permet à Edouard Bineau d’atteindre un nouveau pallier dans son processus de création. Conserver en noyau dur son Trio habituel et bouleverser ses habitudes en intégrant un élément perturbateur est à mon sens une élégante façon de se pousser au changement, ou plutôt de se créer des ouvertures.

De fait, l’adaptation au nouvel arrivant se fait par un passage à une pulsation majoritairement binaire, qui permet de conserver la souplesse tout en appuyant les volutes indisciplinées de Daniel Erdmann. La musique garde ainsi toute sa poésie mais bascule en douceur vers une approche plus axée sur le rythme qu’auparavant, dans laquelle le pianiste, le contrebassiste et le batteur se complaisent joyeusement. Quand au trublion d’Outre-Rhin, il trouve ici un espace très vaste pour dérouler son jeu, avec sa façon particulière de charger son discours sans le saturer. Sa sonorité puissante et la force de son propos, entre envolées lyriques et phrases brisées, caractérisent sa personnalité musicale mais malgré cette énergie débordante, il donne toujours l’impression d’en avoir sous le pied.

Il suffit d’écouter la version de « Maman Rose » et de la comparer à celle enregistrée en duo avec Sébastien Texier sur son précédent album « L’Obsessionniste » pour prendre conscience du travail effectué sur la forme, sur les textures, mais aussi sur les climats. Il y a ici une sorte de force brute, de l’assurance, du grain, là ou la version en duo était faite de douceur et de fragilité. Edouard Bineau confie l’exposé du thème à Gildas Boclé tandis qu’il créé, en grattant les cordes de son Piano, une atmosphère mélancolique que l’intensité du jeu collectif vient finalement estomper. Autre exemple: « Je m’suis fait tout petit », reprise de Georges Brassens repensée et porteuse d’un climat lourd accentué par une rythmique tendue et un saxophone traînant. Le Quartet donne de la densité à l’interprétation de ces titres pourtant empreints de délicatesse.

Les titres composés par le pianiste pour ce projet s’inscrivent dans cette optique. Chantants et optimistes, ils sont portés par une rythmique gorgée de Soul, comme sur les magnifiques « Rootless » et « Wandering », en Quintet avec Sébastien Texier, « Black Sheep » ou le morceau qui donne son titre au disque, « Wared », avec son motif de piano irrésistible. Deux courtes improvisations (un duo avec Daniel Erdmann et un Trio avec Daniel Erdmann et Sébastien Texier) viennent ponctuer un programme positif et chantant, émaillé de ballades interprétées avec goût.

Un très bel album, en somme, tant pour ses compositions que pour la manière dont elles sont interprétées par cinq musiciens remarquables que je suis pressé de retrouver en concert. Bonne nouvelle : ils viennent présenter ce projet au Sunside le 24 Novembre…



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