08 octobre 2010

The Bad Plus - "Never Stop" au New Morning

Ethan Iverson : Piano
Reid Anderson : Contrebasse
Dave King : Batterie


L’écoute des albums de “The Bad Plus” m’a toujours laissé présager du meilleur quand à leurs prestations scéniques. Je reste chamboulé par l’écoute du magnifique titre « Silence is the question » sur leur album « Blunt Project – Live In Tokyo », ainsi que par la qualité du concert diffusé il y a quelques temps sur Mezzo, et que les web-fouineurs pourront retrouver sur la toile, enregistré au New Morning il y a de cela sept ans, si je ne m’abuse.

J’attendais donc avec impatience d’avoir la possibilité de les voir sur scène… C’est chose faite car ils sont passés hier soir au New Morning.




Premier constat : ça marche bien pour « The Bad Plus ». La salle est blindée et il y fait chaud. La qualité de leur dernier album en date n’est sûrement pas étrangère à cette affluence.

Avec « Never Stop », le trio revient à la formule qui a fait sa renommée et dont ils s’étaient un peu éloignés avec leur précédent album, « For All I Care », sur lequel ils avaient convié la chanteuse Wendy Lewis. Des morceaux dont l’écriture est propice à une lente montée en puissance y côtoient des titres plus Pop, à l’image du morceau éponyme du disque, premier single par lequel les trois hommes nous laissent entendre qu’ils ne sont pas prêts de raccrocher les gants. Tant mieux.

Les trois membres du trio sont pour une fois les seuls dépositaires des compositions, eux qui nous avaient habitués à jalonner leurs disques de reprises en tout genre, d’Aphex Twin à Queen en passant par Nirvana, Vangelis ou ABBA… L’esprit reste le même, ainsi que le dosage (équilibré à mon goût) entre l’énergie du Rock et la sophistication du Jazz, entre le formalisé et l’improvisé, avec de nombreux rebondissements rythmiques, comme sur le titre « Beryl Loves To Dance », qui est parsemé de changements de rythme sur le disque et qui fût, en live, complètement repensé en ajoutant à ces changements de rythmes de fréquents changements de tempo, pour un résultat réjouissant.

Ethan Iverson privilégie au sein de « The Bad Plus » le collectif à l’individuel. Lui que l’on sait être un pianiste brillant et inspiré (il m’a enchanté lors du passage parisien du Quartet « Buffalo Collision » par la richesse de ses harmonies et sa liberté de ton), reste ici un peut en retrait, car la musique le demande. Sobre et percutant, il sait néanmoins charger la musique d’arabesques vertigineuses et d’accords brutaux. Son jeu de piano est assez spécifique, avec de nombreux décalages main droite/main gauche qui apportent une instabilité rythmique compensée par la rigueur de placement de Reid Anderson et Dave King. C’est une des composantes de la recette « The Bad Plus », partir d’un motif en apparence assez simple et le torturer tout en conservant l’énergie d’ensemble.



Reid Anderson développe des lignes puissantes qui sont parfois calées sur la main gauche du pianiste, ce qui donne beaucoup de puissance au son du groupe, ou parfois totalement en décalage. Son placement en contrepoint est impeccable et donne beaucoup de relief aux compositions. Ses solos sont toujours pertinents et anti-démonstratifs, et le temps qu’il prend pour les construire lui permet de penser leur architecture sur la longueur, sans forcer la marche. Il a, en outre, un très beau son de contrebasse et sa justesse lui permet d’apporter une belle couleur boisée, même dans l’épure.



A la batterie, le volubile Dave King assure le spectacle. Le musicien est talentueux et le personnage attachant. Tout sourire, il déploie une énergie peu commune derrière ses fûts. Son drumming est nerveux et imprévisible, il paraît parfois lui-même surpris de ce qu’il s’entend jouer. Sa palette de sons est grande car il utilise toutes les ressources de son instrument (y compris le pied de Charley, les fixations des toms et le grincement de sa pédale de grosse caisse), ainsi que divers jouets Smoby (Happy Apple !) ou un collier de grelots. Baguettes, balais et mailloches sont au rendez-vous, et il utilise fréquemment ses mains nues pour frapper ses toms ou caresser ses cymbales. Son jeu extravagant n’exclue pas la finesse et il se montre tout à fait légitime sur des titres plus aériens, comme « People Like You ».



Le répertoire de « Never Stop » a surtout été exploité durant le second set, le premier étant plus axé sur des titres issus de leurs précédents albums. Généreux jusque dans leurs rappels (ils ont dû revenir deux fois pour rassasier un public très demandeur et enthousiaste), les trois membres nous ont régalé pendant plus de deux heures de leur Jazz déjanté fustigé par une certaine critique et apprécié d’un certain public, dont je fais définitivement partie.




1 commentaire:

Kent a dit…

Je n'aurais pas dit mieux !
Très bon clin d'oeil en fin d'article, et tout à fait d'accord...