24 octobre 2010

Aldo Romano - "Complete Communion - Tribute To Don Cherry"


Géraldine Laurent : Saxophone Alto

Fabrizio Bosso : Trompette

Henri Texier : Contrebasse

Aldo Romano : Batterie



Il y a quelques mois, j’avais eu la chance de voir ce groupe rendre hommage à Don Cherry au Duc des Lombards. Je ne savais pas à l’époque que le projet était destiné à être enregistré, mais je l’ai espéré, totalement convaincu par la belle énergie dont avait fait preuve le Quartet.

Heureuse surprise, donc, que la sortie de cet album, dont le répertoire et les arrangements sont assez proches des souvenirs que j’en avais.



Tout petit rappel d’une partie de l’histoire du Jazz : à la fin des années 50, alors que le Jazz commence à s’émanciper, une poignée de musiciens novateurs posent les bases de ce que l’on nommera « Free Jazz » à partir de 1960, date de la sortie de l’album d’Ornette Coleman qui porte ce nom, et auquel a participé le Cornettiste. Don Cherry en fait partie, et il jouera pendant toute cette période avec les plus grands acteurs de cette « New Thing », de John Coltrane à Albert Ayler en passant par Paul Bley, Dewey Redman, Ed Blackwell, Charlie Haden, Sun Ra et bien sûr Ornette Coleman, avec lequel il contribua à faire avancer les choses par le biais d’un Quartet pianoless dont la musique proposait « The Shape Of Jazz To Come »… Au milieu des années soixante, il enregistre son premier disque en tant que Leader chez Blue Note, « Complete communion ». Le saxophoniste argentin Gato Barbieri est de la partie. Cette même année, il enregistre « Togetherness » avec lui, Carlhans Berger, Jean-François Jenny-Clark et… Aldo Romano. Cette formation (à l’exception de Jean-François Jenny-Clark) enregistrera l’année suivante un live au Cafe Montmartre d’Amsterdam qui fera date.



Tout cela pour dire qu’en jouant la musique de Don Cherry, Aldo Romano sait de quoi il parle. Il en va de même pour Henri Texier, qui accompagna le cornettiste à la même période et lui dédia un très beau morceau, « Mr Donald Cerise » sur son album « Varech ». Ils rendent hommage à un musicien qu’ils admirent et qui fût leur Boss. Cela se ressent tant cette musique semble couler de source pour eux. Le drive dynamique et chantant du premier et les lignes boisées et bondissantes du second assurent à eux seuls la qualité de cet opus. Mais le métier ne fait pas tout, il faut aussi marquer la musique de sa patte, ce que fait Henri Texier sur la magnifique introduction de « Don Song » avec les notes glissées qui sont une des caractéristiques de son jeu.



Pour compléter le Quartet, Aldo Romano fait appel à Géraldine Laurent, qui avait déjà participé à l’album « Just Jazz » avec la même section rythmique, ainsi qu’à Fabrizio Bosso, jeune trompettiste connaissant son Jazz sur le bout des pistons. Ces deux soufflants sont parfaitement crédibles car, comme beaucoup de Jazzmen/ Jazzwomen de leur génération, ils ont puisé leur inspiration dans tout ce que le Jazz nous a offert de plus beau et ont intégré rapidement le vocabulaire inhérent à cette musique. En résulte une surprenante aptitude à la voltige, et leurs chorus ou leurs parties en questions/réponses impressionnent et séduisent. L’interprétation des thèmes retrouve avec eux l’aspect volontairement approximatif qui était la marque de fabrique de Don Cherry et Ornette Coleman sans que cela ne devienne folklorique. A noter la complémentarité de leurs styles : Géraldine Laurent développe un jeu plus nerveux tandis que Fabrizio Bosso s’inscrit vraiment dans une tradition plus bop, notamment par l’articulation de son discours et l’utilisation de sourdines qui nous renvoient aux glorieuses années ou le swing régnait en maître. Tous deux sont remarquables et les écouter sur ce disque ou les voir en live est un vrai plaisir.



Un très beau disque gorgé de swing et d’énergie dont le propos n’est pas de réinventer la roue mais d’offrir à l’auditeur de beaux moments de Jazz. Il n’y a pas de mal à se faire du bien…



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