24 septembre 2010

ZOOM sur deux nuits à venir...

L’union fait la force. C’est ce que se sont dit les labels européens qui se sont réunis au sein du collectif « ZOOM ! ».

Belle initiative qui permet à ces « petits » labels de présenter et faire connaître leurs projets sur tout le vieux continent… Quand à nous, petits jazzovores contraints à fouiner sans relâche pour espérer avoir une petite visibilité sur les projets susceptibles de nous passionner, cela nous permet de découvrir des groupes et artistes sur lesquels nous ne serions jamais tombé autrement que par ce biais. A ce titre, la compilation « ZOOM ! » est une acquisition indispensable pour tous les mélomanes curieux. Petit tuyaux qui vaut son pesant d’or : jusqu’à la fin de l’année, le label Yolk propose chaque semaine un album à 5 euros. Cette fameuse compilation « ZOOM ! » (Double CD) sera disponible à ce « friendly price » la semaine du 22 novembre sur le site :

www.yolkrecords.com

Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, le label Yolk prévoit pour son 6eme festival deux « ZOOM Nights » au Studio de l’Ermitage les 16 et 17 Novembre.

Le 16, vous pourrez voir le Trio Alban Darche/ Gabor Gado/ Sébastien Boisseau puis la formation Outhouse, venue d’outre-manche.

Le 17, Le European-TV Brass Trio ouvrira les hostilités pacifiques, suivi des trublions Allemands « Hyperactive Kid ».

Soit quatre bonnes raisons de réserver vos deux soirées.

Petit retour sur les dernières productions phonographiques de ces quatre formations :


Alban Darche/ Gabor Gado/ Sébastien Boisseau – « Budapest Concerts »


Alban Darche : Saxophone Tenor

Gabor Gado : Guitare

Sébastien Boisseau : Contrebasse




La complicité de ces trois musiciens transpire dans cette musique aérienne et mélodique. Les talents de narrateurs/ accompagnateurs/ improvisateurs de chacun sont exploités et mis au service d’un discours tressé où chaque instrument expose et soutient, sans logique apparente si ce n’est celle du savoir-jouer en variant les recettes. A tout moment, la contrebasse peut devenir la voix du Trio et le saxophone se faire le garant de sa pulsation.

La musique du Trio est douce et limpide, et si le jeu des trois équilibristes se tend, c’est pour servir le propos, lui donner épaisseur et rugosité.

On a l’habitude d’entendre Alban Darche au sein de ses jouissives formations gorgées de rythmes alambiqués (Alban Darche Trio (+ 1), Le Cube, Le Gros Cube…). Son phrasé est ici mis à nu et l’écouter dans ce registre sensible, découvrir une autre facette de son jeu, est un véritable plaisir.

La guitare de Gabor Gado apporte un matériel liant (succession d’harmonies portantes et de phrases lumineuses) qui renforce la cohésion de l’ensemble. Dans sa poésie lunaire, les reliefs sont nombreux, qu’il joue dans l’ombre (soutient délicat de ses partenaires) ou dans la lumière (parties lead ébouriffantes).

Si le saxophone et la guitare peuvent tout se permettre, y compris le silence, c’est que la contrebasse de Sébastien Boisseau est présente sur tous les fronts. Accompagnateur attentif et soliste brillant, il surprend (pourtant depuis le temps…) tout au long de l’album par son jeu imprévisible et la richesse de son vocabulaire.

Un très beau disque qui marque, tant par la qualité des compositions que par la justesse et l’inventivité de leur interprétation.


Outhouse – « Outhouse »

Robin Fincker : Saxophone Tenor/ Clarinette

Mark Hanslip : Saxophone Tenor

Johnny Brierley : Contrebasse

Dave Smith : Batterie

+ Jeanne Added : Voix


Le groupe Outhouse est affilié au label “Loop”, l’un des labels réunis autours du projet « ZOOM ! ».

Aux vues des qualités de cet album, on comprend que la démarche du collectif est essentielle. Comment un groupe aussi bon peut-il être diffusé de façon si confidentielle en France ?

Bon, d’accord, ce n’est pas le moment de râler puisque le présent article voit le jour pour annoncer leur passage…

Parlons de leur musique, alors.

Comment la définir… Disons que Outhouse joue un Jazz moderne et puissant ou l’improvisation se mêle à une écriture chiadée (superposition de motifs, architecture rythmique complexe). Les membres du groupe sont tous des solistes passionnants, les entrelacs de voix – précieuse Jeanne Added- et de souffles sont superbes.

Les contrastes sont nombreux et souvent basés sur un décalage entre la rythmique et les instruments mélodiques. Ceux-ci prennent le temps de développer des thèmes qui s’étalent sur la longueur, à peine posés sur une paire rythmique en suspension (2), chorussent « cool » sur des rythmiques de feu ou déploient une belle énergie sur des rythmiques posées, voir hypnotiques.

Chaque titre retient l’attention par son ambiance et toutes les petites trouvailles astucieuses en termes d’arrangement et d’interprétation. L’alternance d’errements des saxophones et de retours à un thème plus pop sur « The Tin Box », la délicate langueur et l’imbrication de phrases complémentaires sur « Spiders », la couleur ocre de la terre d’Afrique et les traits vifs des solos de Saxophone sur « Japaseloho », l’apaisement qui succède à l’emportement sur « Pig », l’harmonie du thème à trois voix sur « The Foreign Meat », l’hommage à Don Cherry (« Mù »), le tressage délicat et inspiré des saxophones et de la voix de Jeanne Added sur « Zmerish », jusqu’à l’épilogue de l’album, plein de poésie (« Canvas »).

Tom Challenger remplace désormais Mark Hanslip au Saxophone Tenor, et le groupe, pour son passage parisien, invitera le guitariste Scandinave Hilmar Jensson, que l’on a pu écouter dans le passionnant groupe de Jim Black, « Alas No Axis ».

Une belle réussite pour ce groupe qu’il me tarde d’entendre en Live.



Hyperactive Kid – « Mit Dir Sind Wir 4 »



Philipp Gropper : Saxophone Tenor

Ronny Graupe : Guitare

Christian Lillinger : Batterie




On continue notre petit tour d’Europe avec cette formation déjantée qui nous vient d’Allemagne (label Jazzkollektiv).

C’est moi ou la formule Saxophone Tenor/ Guitare/ Batterie est de plus en plus courante ? Depuis le trio magique de Paul Motian/ Bill Frisell / Joe Lovano jusqu’aux récentes explorations de Jérôme Sabbagh / Ben Monder / Daniel Humair, en passant par Olivier Le Goas, Das Kapital, ou le trio de Matthieu Donarier, cette configuration est de plus en plus souvent choisie par des musiciens qui savent se contenter d’un instrument à fonction rythmique, un instrument polyphonique et d’un instrument mélodique, et qui s’amusent souvent à intervertir leurs rôles.


« Hyperactive Kid » donne sa propre version des choses avec cet album énergique (déjà leur 4ème, il est temps de faire connaissance !) dans lequel sont privilégiés les formats assez longs, délires rythmiques jalonnés de ponts saccadés joués simultanément par les trois musiciens. Ces séquences ne laissent pas de place au doute quand à la réflexion menée en amont de cette débauche pyrotechnique. La frappe nerveuse de Christian Lillinger (y compris aux balais…), les accords gras et un peu crades de Ronny Graupe et le Saxophone éméché de Philipp Gropper donnent à cet opus un charme indéniable, celui des sales gosses aux genoux croutés.

Passant haut la main l’examen du support phonographique, ce gamin hyperactif devrait obtenir une très bonne note à son oral. A vous de juger !



European-TV-Brass-Trio – « Wunschklang »


Matthias Schriefl : Trompette, Bugle, Percussions

Daniel Casimir : Trombone, Saxhorn

François Thuillier : Tuba, Saxhorn



La grande famille des cuivres est mise à l’honneur avec cette formation à la fois légère et originale.

Les trois musiciens arrivent à trouver une ligne médiane intéressante entre l’aspect mélodique et l’aspect rythmique, et mêlent leurs discours, ou du moins arrivent à se croiser élégamment, en générant à tout va de subtiles harmonies et de savoureux contrepoints. C’est en cela que l’écriture est remarquable, car les thèmes, assez simples (et cela n’a rien de péjoratif), prennent sous les doigts et dans le souffle des trois musiciens une dimension particulière.

L’European-TV-Brass-Trio réussit à multiplier les points d’ancrage, en se situant à la fois dans la tradition des Marching Band Néo-Orléannais, mais avec une esthétique et des compositions en phase avec le Jazz tel qu’on le pratique aujourd’hui.

En prime, vous aurez droit à quelques remixes qui montrent que cette musique, si elle se suffit à elle-même, est suffisamment riche pour servir de matière première à des traitements plus sophistiqués.

Moderne, décalée et très accessible, la musique optimiste de ce Trio mérite toute notre attention.


Autant dire qu’il fera bon traîner ses guêtres du côté du Studio de L’Ermitage les 16 et 17 Novembre prochain… Le rendez-vous est pris.

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