02 septembre 2010

Tony Malaby Quartet "Paloma Recio" au Sunset

Tony Malaby : Saxophone Tenor

Ben Monder : Guitare

Eivind Opsvik : Contrebasse

Nasheet Waits : Batterie


Tony Malaby et son Quartet ont soulevé au Sunset une vague d’enthousiasme rare et méritée.

Pourtant, la musique de ce saxophoniste dont on ne dira jamais assez de bien n’est pas des plus accessibles. Pour preuve, la montée en puissance du groupe dès les premières minutes de jeu, engendrant illico une intensité de jeu digne des moments forts habituellement réservés aux seconds sets, quand les musiciens sont suffisamment chauds pour laisser l’instinctif prendre le dessus sur le calculé. Les deux sets n’ont subi aucun moment de flottement, aucune baisse de régime.



Dans l’emportement comme dans la retenue, les quatre musiciens ont fait montre d’une technique époustouflante et d’une musicalité exacerbée, au service de très belles compositions favorisant l’interplay.

Les morceaux sont souvent composés de plusieurs mouvements, entre mélodies et jaillissements, les exposés de dentelles aboutissant à des échanges sereins, qui se densifient jusqu’à ce que la musique déferle, palpable, violente, sublime dans son habit de colère. Puis, comme une mer devient d’huile, elle s’apaise pour laisser le lyrisme des musiciens glisser sur elle et partir vers de nouvelles tempêtes.

Tony Malaby exploite avec ce groupe le large spectre de son savoir-faire-rêver, passant intelligemment d’un jeu aux notes pleines et au phrasé en arabesques (comme sur son superbe album « Adobe » en trio avec Drew Gress et Paul Motian ou ses prestations au sein du Quartet de Stéphane Kerecki, réécoutez « Houria »…) à une approche beaucoup plus sale (longs cris rauques, stridences et magma de souffles et de sons, comme il le fait lorsqu’il joue en trio avec Daniel Humair et Bruno Chevillon ou sur certains de ses albums comme les titanesques « Warblepeck » ou « Tamarindo »). Sa faculté à passer d’une approche à l’autre donne à sa musique un contraste saisissant. Le temps d’une introduction en solo absolu, il confirme qu’il est un des saxophonistes les plus inspirés de la jazzosphère, sans forcer.



A ses côtés, Ben Monder m’a fait une énorme impression. Comment ai-je pu passer à côté d’un tel musicien ? Certes, j’ai adoré certains albums auxquels il a participé («Garden Of Eden » ou « Holiday For Springs » de Paul Motian, « Vastness Of Space » de Reid Anderson, « Declaration » de Donny McCaslin, « Pogo » de Jérôme Sabbagh ou encore « Roses » de Bill McHenry), je pensais le connaître, mesurer son talent, mais non. Le voir jouer en club fut pour moi une révélation et un vrai bonheur. Original, pertinent, frais, profond, son jeu, en tant que soliste ou accompagnateur, ne peut laisser indifférent. Sa capacité à harmoniser un thème, à créer des textures, des matières, des couleurs, est incroyable. Ajoutez à cela un placement rythmique impeccable et une vraie folie et vous obtenez un musicien à suivre de très très près. Ca tombe bien, demain sort le nouvel album de Jérôme Sabbagh, « I Will Follow You », en trio avec Ben Monder et Daniel Humair… I Will Follow Them !



Autre très belle rencontre de la soirée, Eivind Opsvik, contrebassiste Norvégien exilé à New York et très actif sur la scène de la grosse pomme, que ce soit en leader ou sideman. Ses lignes pures et puissantes assurent un accompagnement solide mais libre, parfait pour cette musique vivante. Si son jeu est free, c’est par les chemins qu’il emprunte et l’on est surpris par sa force tranquille. Eivind opsvik est en constante création et il glisse ici et là des petits décalages rythmiques qui suspendent la musique, lui donnent du relief. Même en pleine tourmente, le chant reste au cœur de son propos. Ou l’art et la manière de conjuguer puissance et musicalité, présence et discrétion. Je vous invite à découvrir, si ce n’est déjà fait, cet épatant musicien en écoutant sa trilogie « Overseas », dont le troisième volet est son dernier album en date.



La gestion de l’espace fut à mon sens exemplaire tout au long du concert, chaque musicien réussissant le tour de force de laisser respirer la musique tout en la saturant d’embardées héroïques et de décibels. Derrière ses futs, Nasheet Waits fait ça très bien. Je pense qu’il est le batteur le plus puissant et nerveux qu’il m’ait été donné de voir en club, mais cette énergie est une offrande et non un égo-trip. Il pousse les autres dans leurs derniers retranchements car il faut y aller, pour conserver sa présence lorsque cela frappe aussi densément… Autre point remarquable, même en pleine action, Nasheet Waits écoute, propose et ajuste son drumming en fonction des directions suggérées par les trois autres, de l’avalanche à l’effleurement. Impressionnant et passionnant.



Il faut absolument voir ce groupe jouer live. En attendant leur prochain passage, vous pouvez acheter les yeux fermés l’album du Quartet, « Paloma Recio », lui aussi de très haute tenue.










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