29 septembre 2010

John Taylor, Nelson Veras et Stéphane Kerecki au Sunside

John Taylor : Piano

Nelson Veras : Guitare

Stéphane Kerecki : Contrebasse

Je reprends ici à la lettre la formation telle qu’elle est annoncée dans la presse, sur internet et également sur les affiches du Sunside. Bien que composé de trois musiciens qui méritent de voir leur nom cité en propre, ce trio a été réuni par Stéphane Kerecki et le répertoire vient majoritairement du contrebassiste. On aurait donc pu parler du « Stéphane Kerecki Trio ». Le détail n’a que peu d’importance mais il souligne la discrétion du monsieur ainsi que sa volonté de faire passer la musique avant toute considération égologique. Il suffit d’échanger quelques mots avec lui sur les musiciens qui l’accompagnent pour mesurer l’étendue de l’admiration qu’il leur porte, d’où, peut-être, cette pudeur à s’afficher en tant que leader, car on sait que derrière l’appellation de « trio » se cache souvent deux noms qui mériteraient d’être mis en valeur.

Nouveaux horizons. Le précédent trio de Stéphane Kerecki (transformé en quartet tant l’osmose fut belle entre le trio d’origine -Matthieu Donarier et Thomas Grimonprez- et Tony Malaby, passé en l’espace de quelques concerts de « guest » à « membre ») est caractérisé par la complémentarité entre l’assise de la section rythmique et les fulgurances mêlées des saxophonistes avec, au centre de ces échanges, la contrebasse mélodique et pulsative de Stéphane Kerecki. Avec ce nouveau projet, il prend un virage à 180° puisque cette nouvelle formule, sans souffles ni frappes, fait la part belle aux instruments à cordes.

Cette instrumentation ouvre le champ de possibilités harmoniques. A ce titre, John Taylor sert magnifiquement les compositions (celles du contrebassiste et parfois les siennes ou celles de grands contrebassistes, Charlie Haden et Scott La Faro) avec un jeu créatif et subtil. Monsieur Taylor a le sens de la couleur et peut habiller les mélodies, les envelopper de développements harmoniques soyeux et de phrases que la complexité rythmique et la richesse mélodique n’empêchent pas d’être légères. On entend parfois que le silence est la plus belle des musiques. En fait c’est l’espace qui est beau, et le pianiste Britannique ne le remplit pas, il le crée.

Sur cet espace et autours des lignes trapues de Stéphane Kerecki, Nelson Veras distille ses notes, la plupart du temps sous forme de phrases assez courtes qui viennent s’imbriquer entre le bois, l’ivoire et l’ébène. Lorsque la musique se densifie, il laisse parler son sens de l’harmonie en multipliant les développements en accords, permettant ainsi à John Taylor de trouver un terreau favorable à la construction de chorus où architecture et poésie font bon ménage. Le son de sa guitare (céleste), son touché unique ainsi que l’esthétique pleine de douceur et de rondeur de son phrasé confèrent à chacune de ses interventions un charme indéniable et font de lui un guitariste à part.

Stéphane Kerecki trouve avec cette formule la possibilité de laisser libre court à son sens de la mélodie. Sans abandonner sa fonction rythmique, sa contrebasse empreinte de sinueux chemins ou les fragments de mélodies, les chorus inspirés, les ostinatos et autres appuis fondamentaux s’enchainent et se mélangent. Résulte de cette démarche un discours varié et stimulant qui ne trahit jamais l’identité musicale (d’ailleurs de plus en plus marquée) de ce compositeur/ improvisateur décidément passionnant.

Le concert s’est déroulé en trois sets, chacun d’entre eux démarrant par des duos (John Taylor/Stéphane Kerecki pour les deux premiers sets et Nelson Veras/ Stéphane Kerecki pour le troisième). Les titres des morceaux m’échappent mais peu importe, nous en reparlerons bientôt j’en suis sûr. Inspirés par un petit village du Parc National des Cinq Terres, par un géant aux cheveux blancs (« Gary ») ou par autre-chose, les thèmes proposés lors de ce concert mériteraient tous de figurer sur le prochain album de Stéphane Kerecki. Qu’ils y soient ou non, j’attends avec impatience la sortie de ce disque, qui sera enregistré en duo avec John Taylor pour le label Zig-Zag. Peut-être y trouverons-nous de belles improvisations, comme celle qui nous a été offerte en guise de rappel par ces trois musiciens qu’il me tarde de revoir, et surtout de réécouter.








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