10 septembre 2010

Jérôme Sabbagh, Ben Monder et Daniel Humair - "I Will Follow You"


Jérôme Sabbagh : Saxophones Tenor et Soprano

Ben Monder : Guitare

Daniel Humair : Batterie




Il faut moins d’une minute pour avoir la certitude qu’on tient là un album qui marquera, pour le moins, l’année 2010.

Dès le premier morceau, qui donne son nom à l’album, les trois musiciens imposent un univers singulier et passionnant. Sur la batterie virevoltante de l’intarissable Daniel Humair, Jérôme Sabbagh déroule, avec une sonorité matte et sans vibrato (ou un vibrato utilisé avec parcimonie, pour être plus précis), des phrases déliées aux dénivelés vertigineux. Tapie derrière la batterie et le Saxophone, la guitare de Ben Monder est prête à bondir, on l’entend montrer ses dents. Puis le fauve surgit, imposant, coléreux. La présence du guitariste est impressionnante, il en dit long avec si peu de notes…


Photo : dr/x

Le bon dosage est trouvé entre mélodie et emportement, complexité et facilité de lecture.

Cet équilibre, si délicat, est maintenu durant tout l’album, dont la construction globale (ordre des morceaux, alternance de force et de poésie, durée des titres) force le respect.

Les non-dits sont aussi importants que la musique jouée et un sentiment d’évidence s’impose à nous. Cette musique est belle, d’une beauté sans artifices. Elle est faussement simple, ou faussement complexe (joli travail d’architecture sur les titres « More » - et sa mélodie qui s’allonge- et « Haiku » - thème inspiré de la forme de ces petits poèmes Japonais-), elle nous prend aux tripes et nous inonde d’images, de sensations, d’odeurs, de couleurs, de matières. Tous nos sens sont en éveil comme lors de la traversée d’un espace encore vierge, quand l’absence de choses établies ouvre le champ des possibles.


Photo : dr/x

Moderne et novatrice, la musique trouve de nouvelles voies, offre de nouveaux horizons tout en restant ancrée dans une certaine « tradition » du Jazz contemporain. Les mélodies sont parfois interprétées en faux unissons par Jérôme Sabbagh et Ben Monder. Ce dernier, par son placement rythmique, renvoie à l’école de Paul Motian, avec qui il a beaucoup joué, dans cette façon de donner à une phrase une profondeur brumeuse. Le saxophone s’envole en volutes sur les harmonies denses et colorée de Ben Monder tandis que Daniel Humair, dont je vois d’ici l’enthousiasme, continue à donner sa propre version du rôle de la batterie dans la musique. La sienne est de plus en plus mélodique, de plus en plus suggestive. Il parvient une fois encore à rendre palpable une pulsation non jouée tout en balisant son jeu de frappes synchronisées aux discours des deux autres musiciens pour assurer une cohérence à l’ensemble.


Photo : dr/x

Cette cohérence n’est érodée ni par les trois duos qui ponctuent l’album («Come With Me », le bien nommé « Apaisé » et le sauvage « Rahan »), ni par la diversité des ambiances, au contraire. C’est l’esthétique, la façon de saisir les mélodies et de les dévier de leur route, cette manière unique de lier trois chants libérés et de les faire sonner comme un seul qui confère à ce Trio un son reconnaissable immédiatement.

J’ose à peine imaginer la puissance et la beauté que ces trois là peuvent livrer en live… Donc en attendant une hypothétique programmation en club, je retourne à ce disque, encore et encore, pour continuer à me faire bercer par « La fée Morgane », pour continuer mon voyage, toujours un peu plus loin…

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