30 septembre 2010

François Corneloup – « Noir Lumière »


François Corneloup : Saxophone Baryton

Hélène Labarrière : Contrebasse

Simon Goubert : Batterie



Un sentiment d’infini m’a traversé lors de la première écoute de « Noir Lumière ».

Tout de suite, dès les premières mesures du titre qui donne son nom à l’album, la profondeur de champ de cette musique envoutante surprend. La prise de son n’y est surement pas pour rien, mais c’est avant tout la beauté des thèmes, l’improvisation qui les ornent et surtout la mise en espace qui font tout. Si l’on doit l’écriture au saxophoniste, le reste est dû à l’alchimie d’un trio exceptionnel composé de musiciens dont l’identité musicale se nourrit des expériences passées sans perdre d’appétit pour tout ce qu’il est encore possible de faire. D’où, j’imagine, cette fièvre créative que chacun semble avoir contracté.

Infinie créativité.

Infinie musicalité, faite de respirations, de frémissements et d’effervescence.

Infinie délicatesse, dans la douceur comme dans la rugosité.


Photo : dr/x

Infini plaisir d’écoute, car l’originalité du trilogue ne passe pas ici par une intellectualisation outrancière du discours, la recherche du non ouïe s’appuie sur une expressivité de tous les instants. La mélodie reste au centre des échanges, même dans l’urgence. Ainsi, le lâcher-prise, s’il concerne les trois musiciens et vient perpétuellement apporter ce petit supplément d’âme, reste cadré dans la mesure où l’un des trois musiciens se porte garant de la cohésion de l’ensemble tandis que les deux autres vont s’aventurer hors des sentiers balisés. Par exemple sur « Fortino Regarde l’Avenir Une Dernière Fois », François Corneloup et Simon Goubert peuvent pétrir la matière sonore, l’emmener ailleurs car Hélène Labarrière, en garde-fou, se fait porteuse de la pulsation tout en préservant la ligne mélodique. Citons également la superbe partie de batterie de Simon Goubert sur « Peine ». Statique, obsessionnelle, elle balise le morceau avec simplicité. Le son des cymbales, étiré et flottant, porte les lignes fragiles et bouleversantes du Saxophone et de la Contrebasse, qui se passent le relais, l’un ponctuant discrètement les envolées de l’autre. Infinie émotion.


Photo : Helene Collon

Et lorsque le Trio reprend le thème « Roses Blue » de Joni Mitchell, les timbres mêlés du Saxophone Baryton et de la Contrebasse, ainsi que les bruissements de la Batterie se font, derrière leurs apparences froissées, les voix d’un poème musical d’une rare beauté. Le jeu à l’archet d’Hélène Labarrière y rappelle celui d’un artiste proche de François Corneloup, Claude Tchamitchian.

L’alternance de tensions et de sérénité apporte un contraste bienvenu, comme en atteste le soulagement qui accompagne le retour au thème suite à une montée oppressante sur « Noir Lumière ». François Corneloup peut à tout moment s’appuyer sur une rythmique efficace pour développer de longues improvisations pleines de sens (« Cyrillique », « Colour Beginning », « La nuit est un son »). La montée en puissance du groupe, à la fois dans les parties improvisées et dans les parties formalisées (l’intensité de l’interplay des parties composées dans l’instant sert de tremplin à la densification de la rythmique sur « Post Mambo ») donne à cet album, pourtant d’une grande finesse, une énergie incroyable.


©Yann Renoult

A ce fond enthousiasmant s’ajoute un soin particulier apporté à la forme. L’orde des morceaux est idéal et leur enchainement logique, voire fondu (« Colour Beginning/ La nuit est un son »). L’album, d’une totale cohérence, s’écoute donc avec facilité et l’on reste concentré, ou plutôt captivé jusqu’à la dernière note.

A ce sujet, je prends plaisir lorsque j’écoute cette petite merveille à enclencher le mode « Repeat » de mon lecteur. Il s’avère que le dernier morceau, qui est une sorte d’épilogue où Hélène Labarrière improvise seule sur le thème d’ouverture (« Noir Lumière »), peut également devenir une magnifique introduction à l’album. Le dernier et le premier morceau s’enchainent avec élégance, et nous voici repartis pour un tour.

Infini bonheur.

3 commentaires:

la pie blésoise a dit…

Il était déjà sur ma liste "à acheter", fan que je suis depuis longtemps de Corneloup, et appréciant aussi certains univers de Simon Goubert... ton billet n'aura fait que me convaincre d'aller un peu plus vite encore chez le disquaire !

Hélène Collon a dit…

Sous la photo d'Hélène Labarrière, à la place de X/DR, tu peux mettre Hélène Collon :-)))

K a dit…

Très bel album en effet, et très bien chronqiué, bravo !