07 juillet 2010

Wayne Shorter Quartet au Festival de Jazz de La Défense

Wayne Shorter : Saxophones Tenor et Soprano

Danilo Perez : Piano

John Patitucci : Contrebasse

Brian Blade : Batterie


Voir arriver Wayne Shorter sur scène, ça fait quelque-chose. C’est un pan de l’Histoire du Jazz qui apparaît devant nous. Il est serein et concentré comme nous sommes en proie à une excitation toute enfantine.

Dès les premières secondes, dès son premier souffle, on sait qu’il va nous inonder de bonheur, nous toucher au plus profond, parler à notre âme. Car ses premières notes sont offertes comme un présent. Elles sont déposées délicatement sur un Hard Bop (ou que sais-je) de très haute tenue. Ces quelques notes ne font pas partie du thème, elles ne constituent pas une intro et ne sont pas les premières d’un chorus. Elles sont juste une manière de nous dire « je viens vous offrir de la musique ».



Merci à vous, Monsieur Shorter, nous acceptons volontiers !

D’autant que ses perles nous sont présentées sur un écrin de velours écarlate. Quel Quartet, quel son, quelle énergie commune !

Il faut dire que cette formation ne date pas d’hier, et cela se sent. Ils se connaissent par cœur, sont capables avec une incroyable souplesse de saisir chaque inflexion pour modeler leur Jazz, pour en élargir le spectre et pour lui permettre, mesure après mesure, de se densifier. Brian Blade et John Patitucci synthétisent tout ce que l’amateur de swing attend d’une section rythmique. Une forte présence, un drive implacable, de l’humour, de l’effacement, des nuances, des couleurs… Ils permettent à la musique de venir à nous par vagues, et nous voici bercés par une houle chaloupée, submergés par un raz de marée, balayés par des lames de fond, ou simplement étourdis par la lisseur d’une mer plate qui repousse l’horizon.



Charnière indispensable, le pétillant Danilo Perez renforce la cohésion du propos collectif par l’épaisseur de son jeu, qui combine la force et la richesse harmonique d’une main gauche intarissable et les arabesques cristallines d’une main droite au touché délicat. Le swing est omniprésent dans le jeu de ce pianiste Panaméen qui est à ce Quartet ce que Mc Coy Tyner fut à celui de John Coltrane : l’architecte, celui qui calcule les pentes et les angles, celui qui dresse des murs porteurs pour la solidité de l’édifice et en agence l’espace pour que l’on y circule bien.



Ce n’est pas un hasard si Wayne Shorter maintient ce quartet depuis une décennie. Entouré de ces trois grands Jazzmen, il peut laisser libre court à sa créativité, et continuer à façonner un discours de plus en plus atypique. Ses phrases sont toujours en suspension, parfois très longues et construites, parfois courtes et lancées comme une poignée de pétales. Sa sonorité peut être ronde et pleine de souffle au Tenor, ou incandescente au Soprano, mais quel que soit le saxophone utilisé, c’est la profondeur de champ, la profondeur de son chant, qui font de lui un musicien à part. Enchaîner les accords et arpèges, jouer vite, jouer charnu, il sait le faire. Il nous suffit de le ré-écouter au sein des Jazz Messengers d’Art Blakey ou du second grand Quintet de Miles Davis pour s’en convaincre. Mais il ne le fait plus, ou plus de la même manière en tous cas. Il est devenu plus aérien. Il semble se détacher de plus en plus de toute formalité, dans son vocabulaire comme dans ses intentions. Il ne survole pas les autres membres du Quartet, il les agrippe pour qu’ils s’envolent avec lui.



Un pan de l’Histoire du Jazz, disions-nous. Puisse-t-elle continuer de s’écrire avec de si beaux chapitres.

1 commentaire:

Hélène C. a dit…

J'étais preneuse, sinon !! :-)